Berger finnois de Laponie : le chien de renne des éleveurs sami
Le Berger finnois de Laponie, lapinporokoira en finnois, n’a pas été sélectionné pour garder des moutons. Il a été sélectionné pour travailler le renne semi-domestique, en Laponie, avec les éleveurs sami. Cette différence explique presque tout ce qui suit : sa façon de travailler à la voix, son endurance par grand froid, son besoin de bouger toute la journée et le peu de cas qu’il fait d’un jardin de 400 mètres carrés.
Deuxième chose à poser d’emblée, parce que la confusion est constante dans les annonces françaises : ce n’est pas le Chien finnois de Laponie. Ce sont deux races distinctes, deux standards, deux silhouettes.
Deux races finlandaises à ne pas confondre
Le Chien finnois de Laponie, suomenlapinkoira, est plus petit, plus trapu, avec un poil long et abondant et une expression de spitz. Il porte le standard FCI numéro 189. Le Berger finnois de Laponie, lui, est plus haut sur pattes, plus léger, avec un poil de longueur moyenne et une silhouette rectangulaire. Il porte le standard numéro 284.
Les deux populations ont longtemps été confondues en Finlande avant d’être séparées officiellement dans les années 1960, une fois établi que le chien de conduite des éleveurs de rennes formait un type à part. La FCI les classe toutes les deux dans le groupe 5, section 3 des chiens nordiques de garde et de berger, avec la Finlande comme pays d’origine.
Robe et poil
La robe de base est sombre : noir, brun foncé ou gris, avec des marques plus claires sur la tête, l’encolure, la poitrine, le ventre et le bas des membres. Les nuances vont du gris fumé au fauve pâle selon les lignées. Le poil de couverture est droit et plutôt rêche, de longueur moyenne, doublé d’un sous-poil dense et laineux.
L’entretien est plus simple que sa parenté nordique ne le laisse croire. Un brossage hebdomadaire suffit la majeure partie de l’année. La mue, en revanche, est spectaculaire : deux fois par an, au printemps surtout, le sous-poil part par plaques entières pendant trois semaines, et il faut sortir la carde tous les jours si vous ne voulez pas retapisser la maison. Pas de bain fréquent, le poil se nettoie seul en séchant, et pas de tonte.
Un chien qui travaille à la voix
Voilà le trait qu’aucune annonce ne mentionne et qui règle la question de l’appartement. Le lapinporokoira conduit le troupeau de rennes en aboyant. C’est sa technique de travail, inscrite dans la sélection depuis des générations : il tourne autour des bêtes et il donne de la voix pour les déplacer.
Un chien de cette race qui s’ennuie aboie. Un chien de cette race excité aboie. Un chien de cette race qui entend quelque chose d’inhabituel aboie. On peut réduire la fréquence par le travail et par un apprentissage du signal d’arrêt, on ne supprime pas le comportement. En maison isolée, personne ne le remarque. En immeuble, c’est une source de conflit garantie dans le mois.
Le caractère
Vif, gai, sociable, franchement plus facile à vivre que beaucoup de nordiques. Il est calme à l’intérieur dès lors qu’il a été dépensé, s’entend bien avec les enfants, tolère les autres chiens et se montre plutôt amical avec les inconnus. Il donne l’alerte sans être un chien de garde au sens strict.
Le revers est qu’il ne supporte pas la solitude prolongée. Sélectionné pour travailler en équipe, avec des humains présents toute la journée, il gère mal huit heures d’absence quotidienne. Les propriétaires qui s’en sortent le mieux sont ceux qui télétravaillent, ceux qui ont un second chien, ou ceux qui pratiquent un sport canin régulier.
Côté travail, il excelle en canicross, en attelage, en randonnée longue et en pistage. L’agility lui convient moins bien que l’endurance : c’est un trotteur, pas un sprinteur.
Les trois tests à exiger
La race est encore proche de son bassin d’origine et n’a pas subi les dérives morphologiques de certaines races de mode. Les éleveurs finlandais suivent néanmoins trois points précis.
La dysplasie coxo-fémorale, d’abord, dépistée par radiographie à partir de douze mois, avec une cotation officielle de A à E. Demandez systématiquement les cotations des deux parents, pas seulement une mention « parents indemnes » dans une annonce. La dysplasie du coude suit la même logique, avec une cotation de 0 à 3.
L’atrophie progressive de la rétine, ensuite. Elle rend le chien aveugle progressivement, généralement à l’âge adulte, et se dépiste par examen ophtalmologique annuel chez un vétérinaire agréé ainsi que par test ADN pour la forme prcd. Les cataractes héréditaires sont surveillées par le même examen.
Le froid ne pose aucun problème à ce chien, la chaleur si. Au-dessus de 25 degrés, un sujet à sous-poil complet limite ses sorties aux heures fraîches, et la ration d’exercice se déplace à six heures du matin en juillet plutôt que d’être supprimée.
En trouver un en France
La race est très peu représentée hors de Finlande, de Suède et de Norvège. En France, les naissances sont rares, et la plupart des acquéreurs passent par un élevage nordique, avec liste d’attente. Un chiot importé légalement arrive identifié par puce, vacciné contre la rage, âgé d’au moins quinze semaines, avec un pedigree du club canin finlandais transcriptible au LOF.
Les tarifs pratiqués dans les pays nordiques pour un chiot de parents testés se situent en général dans la même fourchette que les autres races nordiques de taille moyenne, à quoi s’ajoutent le transport et les formalités. Le vrai coût d’entrée n’est pas financier : c’est l’attente, souvent d’une année.
Un dernier repère avant de se décider. Demandez à l’éleveur combien de ses chiots partent chez des gens qui font du sport canin. Si la réponse est « presque tous », vous savez ce que la race demande vraiment.
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