Berger Islandais : la seule race née en Islande, en 10 repères

Berger Islandais

L’Islande compte une seule race canine indigène, et c’est celle-là. Le Berger Islandais, ou Íslenskur fjárhundur, est arrivé sur l’île dans les bateaux des colons scandinaves et n’en est pratiquement jamais reparti pendant mille ans. Ce n’est pas un argument marketing : cet isolement explique à peu près tout de sa morphologie, de sa manière de travailler et de ses problèmes de consanguinité actuels.

Un spitz nordique, pas un berger continental

Le classement FCI le range dans le groupe 5, chez les chiens de type spitz et de type primitif, section des chiens nordiques de garde et de berger. Ce n’est pas un détail administratif. Malgré son nom français de « berger », il n’a rien de la mécanique d’un Border Collie ou d’un Berger Belge : pas d’œil fixe, pas de position basse, pas de conduite silencieuse.

Sa silhouette est celle d’un spitz de format moyen : oreilles dressées triangulaires, queue enroulée portée sur le dos, museau se rétrécissant régulièrement, expression ouverte. Le regard est franc, jamais insistant.

Une race sauvée de justesse

Au XIXe siècle et au début du XXe, les épidémies canines et l’importation de chiens étrangers ont fait fondre les effectifs au point que la race a été considérée comme proche de l’extinction. Le sauvetage est parti d’un travail de recensement mené dans les fermes isolées, puis structuré par le club de race islandais après la Seconde Guerre mondiale.

Ce goulot d’étranglement se paie encore aujourd’hui : la base génétique reste étroite, et les clubs de race européens travaillent avec des coefficients de consanguinité calculés sur plusieurs générations. Un éleveur qui vous parle du coefficient de consanguinité de la portée sans que vous ayez posé la question est, sur cette race, plutôt bon signe.

Format, ergots doubles et autres particularités

Le standard donne une taille idéale d’environ 46 centimètres au garrot pour le mâle et 42 pour la femelle, pour un poids qui tourne autour de 12 à 15 kilos. On est donc sur un chien nettement plus petit que ce que le mot « berger » laisse imaginer, du gabarit d’un Sheltie un peu étoffé.

La particularité qui surprend les nouveaux propriétaires, ce sont les ergots. Le standard apprécie les ergots aux postérieurs, et les ergots doubles sont même recherchés. Dans un pays où le chien travaillait sur terrain volcanique et sur neige, ils avaient probablement une utilité. Aujourd’hui, cela signifie surtout qu’il faut couper des griffes supplémentaires qui ne s’usent pas au sol et qui, négligées, s’enroulent dans le coussinet.

Berger Islandais
Silhouette typique de spitz : oreilles triangulaires et queue en anneau.

Poil court ou poil long, deux variétés

La race se présente sous deux variétés de poil, toutes deux avec un sous-poil dense. La variété à poil court porte un poil de couverture assez dur, plus long au cou, à l’arrière des cuisses et à la queue. La variété à poil long a le même modèle, en plus fourni partout, avec une collerette marquée et des franges aux membres.

Les couleurs vont du fauve dans toutes ses nuances au chocolat, au gris et au noir, avec presque toujours des marques blanches sur la tête, le poitrail, les membres et le bout de la queue. Le masque noir est fréquent sur les robes fauves.

Dans les deux cas, le sous-poil tombe en paquets deux fois par an, au printemps et à l’automne. Sur trois semaines, un aspirateur passe tous les jours dans une maison qui héberge un Islandais adulte. C’est le point que les éleveurs mentionnent le plus souvent comme mauvaise surprise pour un premier propriétaire.

Un chien qui travaille de la voix

En Islande, ce chien rassemblait des moutons dispersés sur de grandes étendues, souvent hors de vue du berger, et retrouvait les bêtes égarées. Il travaillait en aboyant, pour signaler sa position et pour faire bouger les animaux. Il chassait aussi les oiseaux qui menaçaient les nids et les cultures, d’où son habitude de lever la tête et de surveiller le ciel.

Un Islandais aboie. C’est inscrit dans sa fonction d’origine, pas dans son éducation. On peut travailler un signal de silence et réduire la fréquence, on n’obtiendra jamais un chien muet. Dans un immeuble mal isolé, avec des voisins proches, cette race pose un problème réel qu’il vaut mieux regarder en face avant d’acheter.

Caractère au quotidien

C’est un chien gai, démonstratif, très porté sur le contact humain. Il accueille les visiteurs avec enthousiasme et ne ferait pas un chien de garde convaincant : il signale, il ne dissuade pas. Avec les enfants, il est en général sûr et patient, avec cette réserve valable partout que les jeux se surveillent.

Il supporte mal la solitude prolongée. Huit heures seul dans un appartement, tous les jours, ne lui conviennent pas et se traduisent par des aboiements et de l’agitation. C’est une race pour un foyer où quelqu’un est souvent présent, ou pour un maître qui emmène son chien partout.

Avec ses congénères il est en général sociable. Avec les chats, la cohabitation fonctionne quand elle se met en place jeune, mais son instinct de poursuite reste présent sur les petits animaux qui détalent.

Éducation d’un chien qui réfléchit tout seul

Un chien conçu pour travailler hors de vue du berger prend des initiatives. L’Islandais apprend très vite, puis décide parfois qu’il a une meilleure idée. Le dressage mécanique et répétitif l’ennuie ; les séances courtes, variées, avec de la nourriture et du jeu, donnent de bien meilleurs résultats.

Le rappel demande un travail sérieux et précoce, en milieu clos d’abord. Un Islandais parti sur la piste d’un lièvre revient, mais quand il a fini. Beaucoup de propriétaires expérimentés de la race gardent une longe de dix mètres en promenade libre pendant toute la première année.

Côté activités, l’agility, l’obérythmée, le pistage et surtout la randonnée lui vont bien. Il a de l’endurance pour son format et suit une journée entière de marche sans se plaindre.

Santé et longévité

L’espérance de vie se situe généralement entre 12 et 15 ans, ce qui est bon pour un chien de ce gabarit. Les affections suivies par les clubs de race sont la dysplasie coxo-fémorale, dépistée par radiographie avec une cotation de A à E, la luxation de la rotule, fréquente chez les chiens de petit à moyen format, et les troubles oculaires, cataracte notamment, dépistés par examen ophtalmologique annuel chez les reproducteurs.

Demandez systématiquement les résultats de dépistage des deux parents. Sur une race à base génétique réduite, ces examens sont la seule barrière sérieuse contre la diffusion d’une tare.

Avant de réserver un chiot

Sur une race aussi peu répandue, l’élevage se fait presque toujours à petite échelle, chez des particuliers passionnés qui produisent une portée tous les deux ou trois ans. Visitez, voyez la mère, demandez le pedigree sur plusieurs générations et le coefficient de consanguinité de l’accouplement.

Méfiez-vous des annonces qui proposent un « Berger Islandais » sans pedigree à petit prix : sur une race confidentielle, la probabilité qu’il s’agisse d’un croisement de spitz est élevée, et personne ne pourra vous dire à quoi ressemblera le chien adulte ni ce qu’il a hérité.

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