Pitbull : catégories, éducation et santé du chien mal nommé

Pitbull

Le mot « pitbull » ne correspond à aucune race inscrite à la nomenclature de la Fédération cynologique internationale. C’est une description de silhouette : crâne large, mâchoires puissantes, poil ras, corps compact et musclé. Derrière cette silhouette se rangent trois populations bien distinctes, plus une masse de chiens croisés que personne ne peut rattacher avec certitude à l’une ou à l’autre. En France, cette confusion n’est pas un débat de vocabulaire entre amateurs. Elle décide de ce que vous avez le droit de faire avec votre chien.

Trois races derrière une seule étiquette

L’American Staffordshire Terrier est le plus grand des trois. Le standard place le mâle aux alentours de 46 à 48 cm au garrot, la femelle un peu en dessous, pour une masse musculaire qui donne au chien une allure de haltérophile. Le Staffordshire Bull Terrier est nettement plus petit : une trentaine de centimètres et quelques, autour de 13 à 17 kg chez le mâle, un format de chien de canapé bâti comme un bloc de granit. L’American Pit Bull Terrier, lui, n’a pas de standard FCI. Il vient de registres américains et se présente sous des tailles très variables selon les lignées.

Ces différences comptent parce qu’un acquéreur croit souvent acheter « un pitbull » alors qu’il achète un chien précis, avec une histoire de sélection précise. Un Staffie anglais issu de lignées d’exposition n’a ni le même seuil d’excitation ni la même tolérance canine qu’un croisé d’origine inconnue trouvé sur une petite annonce. Les éleveurs des deux races reconnues le répètent sans être beaucoup écoutés.

Ce que la loi française impose

Depuis 1999, le droit français classe certains chiens en deux catégories, et le classement ne se fait pas sur la race inscrite au pedigree mais sur l’apparence et sur la présence ou l’absence d’un livre généalogique reconnu. La première catégorie, dite des chiens d’attaque, vise les chiens non inscrits à un livre généalogique reconnu dont la morphologie les rapproche de l’American Staffordshire Terrier, du Tosa ou du Mastiff de type boerbull. La deuxième catégorie, dite des chiens de garde et de défense, vise notamment l’American Staffordshire Terrier inscrit au LOF, le Tosa inscrit et le Rottweiler, inscrit ou non.

Traduit en pratique : un chien qui ressemble à un Amstaff sans papiers tombe en première catégorie. Le même chien avec un pedigree LOF tombe en deuxième. Le papier fait toute la différence, et beaucoup de propriétaires le découvrent lors d’un contrôle.

Point de comparaisonPremière catégorieDeuxième catégorie
Acquisition, cession, importationInterditesAutorisées
StérilisationObligatoireNon imposée
Muselière et laisse sur la voie publiqueObligatoiresObligatoires
Transports en commun, lieux publics, locaux ouverts au publicAccès interditAccès autorisé, muselé et tenu
Permis de détention en mairieObligatoireObligatoire

Le permis de détention se demande à la mairie. Il suppose un dossier : identification du chien, vaccination antirabique à jour, attestation d’assurance responsabilité civile, attestation d’aptitude du détenteur obtenue au terme d’une journée de formation chez un formateur agréé, et évaluation comportementale réalisée par un vétérinaire inscrit sur une liste départementale. Pour un chien de première catégorie, le certificat de stérilisation vient s’y ajouter. Le détenteur doit être majeur, ne pas être sous tutelle et ne pas avoir été condamné pour certains faits inscrits au bulletin numéro 2 de son casier judiciaire.

Éduquer un chien qui pèse le poids d’un enfant de huit ans

La puissance ne rend pas un chien difficile à éduquer. Elle rend les erreurs coûteuses. Un Beagle qui tire en laisse agace ; un chien de 28 kg qui tire en laisse vous met au sol sur une plaque de verglas. Tout l’enjeu se joue donc avant l’âge adulte, pendant la période où le chiot pèse encore huit kilos et où l’on a envie de le laisser faire parce que c’est mignon.

Le travail de la marche en laisse détendue mérite d’être commencé dès la première semaine à la maison, en séances courtes, trois à cinq minutes, plusieurs fois par jour. Le rappel se construit dans un couloir, puis dans une pièce, puis dans un jardin clos, avant de sortir en milieu ouvert. Récompenser vite compte plus que récompenser beaucoup : le chien associe ce qui se passe dans la seconde qui suit son action, pas ce que vous pensez récompenser trente secondes plus tard.

La théorie du chien qui chercherait à « dominer » son maître a mauvaise presse chez les éthologues depuis que David Mech, qui avait popularisé le modèle du loup alpha, est revenu publiquement dessus. Traduire cette théorie en méthode, c’est souvent produire un chien qui se raidit quand une main s’approche. Sur un chien de ce gabarit, c’est le genre de raideur qu’on préfère ne jamais installer.

Le comportement au quotidien

Ces chiens sont généralement démonstratifs avec l’humain, y compris avec des inconnus. La sélection historique du terrier de combat portait sur l’agressivité envers les autres chiens, pas envers les gens, et une morsure sur l’humain était rédhibitoire dans les lignées de l’époque. C’est l’origine du « chien affectueux » dont parlent les propriétaires, et c’est vrai la plupart du temps.

La contrepartie est moins souvent dite : la tolérance entre chiens, elle, varie beaucoup. Une partie de ces chiens supporte mal la présence d’un congénère de même sexe à l’âge adulte, en particulier entre dix-huit mois et trois ans, quand la maturité sociale s’installe. Un chiot parfait au parc canin peut changer d’attitude en quelques mois sans que rien d’autre n’ait bougé. Anticiper vaut mieux que découvrir : sorties variées, croisements calmes, et l’abandon du parc canin collectif si le chien commence à s’y crisper.

Les problèmes de santé des lignées concernées

L’American Staffordshire Terrier est touché par une ataxie cérébelleuse d’origine héréditaire, qui se déclare chez l’adulte jeune et provoque une perte progressive de coordination. Un test ADN existe et permet de connaître le statut des reproducteurs. Un éleveur sérieux le présente sans qu’on ait besoin de le demander. Chez le Staffordshire Bull Terrier, deux affections héréditaires font l’objet de tests ADN de routine, une maladie métabolique neurologique et une forme de cataracte héréditaire juvénile.

La dysplasie coxo-fémorale touche ces morphologies comme beaucoup d’autres races moyennes. Elle se dépiste par radiographie officielle avec une cotation qui va de A à E. La peau demande aussi de l’attention : le poil ras et court expose aux dermatites allergiques, aux pyodermites de plis et à la démodécie chez le jeune. Un chien qui se gratte les flancs et se lèche les pattes toute l’année ne « fait pas une petite allergie » ; il relève d’une consultation dermatologique.

L’espérance de vie annoncée par les clubs de race se situe autour de douze à quatorze ans, ce qui est correct pour ce gabarit. L’ennemi principal du chien de quatre ans reste le surpoids : ces chiens mangent volontiers, prennent du muscle facilement et masquent longtemps les kilos superflus sous une silhouette déjà épaisse. Passez la main sur les côtes chaque mois. Si vous devez appuyer pour les sentir, la ration baisse.

Chien de type pitbull au poil ras, assis de trois quarts en extérieur

L’entretien, plus simple qu’il n’y paraît

Un gant de caoutchouc une fois par semaine suffit à retirer le poil mort, et le chien perd bien davantage qu’on ne l’imagine pour un poil aussi court : ces poils raides se plantent dans les tissus et résistent à l’aspirateur. Le bain reste occasionnel, avec un shampooing adapté, sous peine d’abîmer le film lipidique et d’aggraver les démangeaisons. Les oreilles se vérifient toutes les deux semaines, les griffes se coupent dès qu’on les entend cliqueter sur le carrelage.

Le froid est un vrai sujet. Sans sous-poil, ces chiens souffrent en hiver au-delà d’une demi-heure de sortie statique. Un manteau n’a rien de ridicule sur un Staffie en janvier.

Ce qu’on dit trop peu aux futurs propriétaires

Vivre avec un chien de catégorie, c’est vivre avec le regard des autres. Des trottoirs qui se vident, des locations refusées, des vacances compliquées parce que le camping n’en veut pas, une assurance qui pose des questions. Certains propriétaires vivent très bien avec ; d’autres finissent par sortir leur chien à six heures du matin pour ne croiser personne, et c’est mauvais pour le chien comme pour eux.

L’autre point concerne l’adoption en refuge. Les refuges français sont pleins de ces chiens, souvent des adultes rendus au moment où la première catégorie a été découverte ou le permis jamais demandé. Adopter un adulte présente un avantage réel : son caractère est déjà lisible, le personnel connaît son comportement avec les autres chiens et le dira franchement. Reste la contrainte juridique, qui ne disparaît pas avec l’adoption.

Un dernier point de méthode : la muselière s’apprend, elle ne s’impose pas. Un chien à qui on enfile une muselière panier pour la première fois le jour d’un contrôle la refusera, s’agitera et donnera exactement l’image qu’on cherchait à éviter. Deux semaines de désensibilisation, friandise glissée dans le panier, quelques secondes puis quelques minutes, et l’objet devient neutre. C’est le premier apprentissage à programmer, avant même le rappel.

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