Croquettes avec ou sans céréales : ce que dit l’étiquette
La question revient à chaque rayon d’animalerie : faut-il des croquettes sans céréales ? Le marketing a tranché depuis longtemps, les sacs verts au blé barré ont envahi les linéaires, et beaucoup de propriétaires paient plus cher un aliment dont ils ne savent pas dire ce qu’il contient à la place.
Alors reprenons dans l’ordre. Ce que remplacent les céréales, ce que change vraiment leur absence, ce qu’on sait de la sécurité de ces formules, et comment lire une étiquette française sans se faire avoir.
Sans céréales ne veut pas dire sans amidon
Une croquette est un aliment extrudé. Pour tenir sa forme et passer dans la machine, la pâte a besoin d’amidon, autour d’un tiers de la recette. Retirer le blé, le maïs et le riz n’enlève pas cet amidon : il faut le remplacer, et on le remplace par des pois, des lentilles, des pois chiches, de la pomme de terre ou de la patate douce.
Le taux de glucides d’une croquette sans céréales est donc souvent proche de celui d’une croquette classique. Parfois plus bas de quelques points, parfois identique. L’étiquette française n’oblige pas à afficher les glucides, ce qui arrange bien les fabricants ; on les estime en soustrayant de cent les protéines, les matières grasses, l’humidité, les cendres et la cellulose brutes.
L’allergie aux céréales, une inquiétude mal ciblée
Les allergies alimentaires existent chez le chien, mais elles sont rares comparées aux allergies environnementales, et les allergènes le plus souvent en cause sont des protéines animales : bœuf, produits laitiers, poulet, agneau. Le blé arrive derrière. Un chien qui se gratte a bien plus de chances d’être allergique aux acariens ou aux pollens qu’au maïs de sa gamelle.
Le seul moyen de trancher reste le régime d’éviction, mené sur six à huit semaines avec une source protéique unique que le chien n’a jamais mangée, ou un aliment à protéines hydrolysées, suivi d’une réintroduction pour confirmer. Rien d’autre ne fait le diagnostic. Ni un test sanguin d’allergie alimentaire, dont la fiabilité est contestée, ni un test de mèche de poils vendu sur internet.
Il existe en revanche une intolérance digestive réelle chez certains chiens, indépendante de l’allergie. Ceux-là supportent mal une charge d’amidon élevée et vont mieux avec une recette plus grasse et plus protéinée. Le sans céréales peut leur convenir. Une recette au riz très digestible aussi.
L’alerte américaine sur les cœurs dilatés
C’est le point que le marketing ne mentionne jamais. En juillet 2018, l’agence américaine du médicament et de l’alimentation a ouvert une enquête sur des cas de cardiomyopathie dilatée survenus chez des chiens de races qui n’y sont pas prédisposées. Le point commun de ces animaux : une alimentation dite BEG, pour boutique, exotique et sans céréales, avec des légumineuses en tête de composition.
En juin 2019, l’agence a publié la liste des marques les plus citées dans les signalements. Le lien de causalité n’a jamais été démontré, l’enquête n’a pas conclu, et plusieurs pistes restent ouvertes : la taurine, la biodisponibilité des acides aminés soufrés, un composé des légumineuses qui perturberait leur absorption. Des chiens se sont améliorés après changement d’alimentation, d’autres non.
Ce n’est pas une raison de paniquer, c’est une raison d’arrêter de considérer le sans céréales comme automatiquement plus sain. Si votre chien mange une recette à base de pois et de lentilles depuis des années, parlez-en à votre vétérinaire, surtout s’il tousse, s’essouffle à l’effort ou fatigue anormalement.
Ce que les céréales apportent vraiment
Le riz cuit est l’un des amidons les mieux digérés par le chien, avec un taux d’assimilation très élevé. C’est pour cette raison qu’on le retrouve dans presque toutes les recettes vétérinaires digestives. L’avoine apporte des fibres solubles utiles au transit. Le maïs, tant décrié, fournit de l’acide linoléique et des protéines correctes une fois cuit ; sa mauvaise réputation vient surtout de son prix bas, qui en fait le symbole de l’aliment d’entrée de gamme.
Le problème n’a jamais été la céréale en soi. Il est dans la proportion. Un aliment où le blé occupe la première place de la liste, suivi de sous-produits animaux non nommés, est un mauvais aliment. Un aliment où le riz arrive en troisième position derrière deux sources animales identifiées est un bon aliment, avec ou sans étiquette verte.
Lire une étiquette en trois minutes
Les ingrédients sont listés par ordre de poids décroissant, avant cuisson. Cherchez d’abord si les sources animales sont nommées. « Poulet déshydraté » vous dit quelque chose ; « viandes et sous-produits animaux » ne vous dit rien du tout et autorise le fabricant à changer de matière première d’un lot à l’autre.
Méfiez-vous du fractionnement. Une recette qui affiche pois, protéine de pois, fibre de pois et amidon de pois en quatre lignes distinctes contient beaucoup plus de pois que la lecture ne le suggère : chaque fraction, prise séparément, pèse moins que la viande placée en tête.
Regardez enfin les cendres brutes. Au-delà de neuf ou dix pour cent, la part de matière minérale devient élevée, signe habituel d’une forte proportion de farines d’os et de carcasses. Et vérifiez la mention qui compte le plus : l’aliment doit être déclaré complet, pas complémentaire.
La ration compte plus que la recette
Le meilleur aliment du monde donne un chien obèse si la gamelle est trop pleine. Les tableaux imprimés au dos des sacs sont calculés pour un chien adulte entier et moyennement actif ; un chien stérilisé dépense sensiblement moins et grossit sur ces rations. Pesez la ration à la balance de cuisine plutôt qu’au verre doseur, une fois par semaine au minimum.
Le vrai contrôle se fait à la main, pas sur la balance. Passez la paume à plat sur le flanc du chien : vous devez sentir les côtes sous une fine couche, sans appuyer. Vu de dessus, la taille doit se creuser derrière les côtes. Vu de profil, le ventre remonte vers l’arrière-train. Si les côtes se devinent seulement en appuyant fort, retirez dix pour cent de la ration et recontrôlez trois semaines plus tard.
Un dernier repère utile : une croquette de bonne qualité produit des selles moulées, peu volumineuses, deux à trois fois par jour chez l’adulte. Des crottes énormes et molles cinq fois par jour signalent un aliment mal digéré, quelle que soit la promesse écrite sur le sac.
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