Queen Charlotte : la reine qui a lancé la mode du Poméranien

Queen Charlotte

On attribue souvent à Queen Charlotte des corgis qui ne lui ont jamais appartenu. Les corgis, c’est Elizabeth II, deux siècles plus tard. Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, épouse de George III, est arrivée en Angleterre au XVIIIe siècle avec des chiens venus d’Allemagne, des spitz blancs nettement plus grands que ceux qu’on croise aujourd’hui. Deux d’entre eux, Phoebe et Mercury, ont été peints par Thomas Gainsborough, ce qui nous laisse une trace précise de leur allure.

Cette confusion mérite d’être corrigée, parce qu’elle raconte quelque chose d’utile sur les chiens de race en général : une race n’est pas un objet stable. Celle que Charlotte a introduite à la cour britannique a changé de taille, de couleur et de fonction en moins d’un siècle, sous l’effet de la mode aristocratique. Le chien de race que vous achetez aujourd’hui est le produit de décisions humaines successives, dont certaines lui ont coûté cher.

De la ferme allemande au salon anglais

Les spitz allemands travaillaient. Ils gardaient les fermes, donnaient de la voix à l’approche d’un inconnu, surveillaient les troupeaux dans certaines régions. Leur fourrure double, avec un sous-poil dense sous un poil de couverture dressé, correspondait à une vie dehors par tous les temps. C’est cette morphologie fonctionnelle qui a débarqué en Angleterre dans les bagages de la jeune reine.

La cour s’est entichée du type, puis l’a transformé. Victoria, un siècle après Charlotte, rapporte d’Italie des spitz plus petits et impose le format réduit dans les expositions. La race se scinde alors en variétés de taille que la FCI reconnaît toujours, du Grand Spitz au Spitz nain, toutes rattachées au groupe 5, celui des spitz et des types primitifs.

Le Welsh Corgi Pembroke, lui, n’a rien à voir avec cette histoire. Chien de conduite de bovins du pays de Galles, il appartient au groupe des chiens de berger, et sa notoriété mondiale tient à une seule propriétaire, entrée en fonction en 1952. Confondre les deux revient à confondre un chien de troupeau court sur pattes avec un chien de garde nordique miniaturisé.

Ce que la réduction de taille a laissé comme séquelles

Rapetisser une race en quelques générations produit des effets secondaires. Chez le Poméranien, plusieurs affections reviennent régulièrement en consultation : la luxation de la rotule, qui fait sautiller le chien sur trois pattes quelques foulées avant qu’il ne reparte normalement ; le collapsus trachéal, qui se manifeste par une toux sèche évoquant un cri d’oie, aggravée par la traction d’un collier ; et une alopécie des flancs et de l’arrière-train, connue sous le nom d’alopécie X, dont les mécanismes restent discutés.

S’y ajoute le lot commun des petites races : un tartre précoce sur des dents serrées dans une mâchoire raccourcie, des persistances de dents de lait qu’il faut parfois extraire, et une fragilité osseuse réelle. Un chien de trois kilos qui saute d’un canapé haut se fracture le radius plus facilement qu’un Labrador.

Un harnais plutôt qu’un collier règle une partie du problème trachéal chez ces chiens. C’est une recommandation que les vétérinaires répètent pour toutes les races miniatures, et qu’on oublie systématiquement au moment d’acheter la laisse.

Le pelage double ne se tond pas

C’est l’erreur la plus répandue chez les propriétaires de spitz, de Berger Australien, de Husky ou de Bouvier Bernois. L’été arrive, le chien halète, quelqu’un propose de le tondre pour le rafraîchir. Le résultat est l’inverse de l’intention : le poil de couverture, qui protégeait du soleil et facilitait la circulation de l’air, ne repousse pas toujours correctement après une tonte rase, et le sous-poil seul, cotonneux, tient chaud sans protéger.

Le bon geste se joue au brossage. Deux séances par semaine hors mue, tous les jours pendant les deux mues annuelles, avec un peigne qui atteint la peau et non une brosse qui lisse la surface. Le sous-poil mort doit sortir : s’il reste en place, il forme des plaques feutrées derrière les oreilles, aux aisselles et sur la culotte, qui macèrent et provoquent des dermatites.

Comptez aussi un séchage sérieux après la douche. Un chien à sous-poil dense laissé humide au niveau de la peau développe des points chauds en vingt-quatre heures, surtout par temps doux.

Spitz blanc au poil dressé, assis sur un tapis dans un intérieur ancien

Petit chien, grande éducation

Le spitz nain aboie. C’est écrit dans son passé de chien d’alerte, et aucun propriétaire n’achètera le silence après coup. Ce qui se travaille, c’est le seuil : apprendre au chien qu’un pas dans le couloir n’appelle pas de réaction, récompenser le calme, couper l’accès au poste d’observation quand la surveillance tourne à l’obsession.

Le défaut d’éducation des petites races vient rarement du chien. Un chiot de deux kilos qui grogne sur un visiteur paraît amusant ; le même comportement chez un Berger Allemand déclencherait une intervention immédiate. On laisse donc passer, on porte le chien pour éviter les rencontres, et on fabrique un adulte qui n’a jamais appris à gérer un congénère. Sur la méthode, ce guide sur la sociabilisation détaille les étapes à respecter avec un chiot.

Une règle simple : tout ce que vous n’accepteriez pas d’un chien de trente kilos ne s’accepte pas davantage d’un chien de trois. Les pattes sur les invités, le grognement sur la gamelle, la laisse tendue en permanence relèvent du même travail, quel que soit le gabarit.

Avis rapide sur quelques races de cour et de compagnie

Race Ce qu’il faut savoir avant d’en prendre un
Spitz nain (Poméranien) Vif et bavard. Brossage sérieux, harnais plutôt que collier, surveillance des rotules et de la trachée.
Welsh Corgi Pembroke Chien de troupeau dans un corps court : il pince les talons, il a besoin de travail. Dos long, poids à surveiller de près.
Samoyède Sociable, endurant, très démonstratif. Double manteau exigeant en brossage, tendance à la fugue et à la vocalise.
Airedale Terrier Le plus grand des terriers, intelligent et têtu. Poil dur à épiler, pas à tondre. Demande un maître constant.
American Staffordshire Terrier En France, race de deuxième catégorie s’il est inscrit à un livre des origines : permis de détention, évaluation comportementale, muselière en public.
Beagle Nez avant tout. Rappel difficile, voix puissante, gourmandise dangereuse pour la ligne. Chien de meute, mal à l’aise seul.
Teckel Courageux et obstiné. Risque de hernie discale élevé : ni escaliers à répétition, ni saut du canapé, ni surpoids.
Bulldog Anglais Calme en intérieur, mais face plate : gêne respiratoire, intolérance à la chaleur, mise bas souvent par césarienne. Budget vétérinaire à prévoir.

Reste la leçon que laisse l’histoire des spitz de Charlotte. Une race se déforme quand on la sélectionne sur un critère unique, qu’il s’agisse de la petitesse, d’un museau écrasé ou d’une croupe basse. Les acheteurs décident de la direction : tant qu’une silhouette extrême se vend, elle se produit. Poser des questions sur la respiration, les articulations et la peau d’une lignée pèse davantage sur l’avenir d’une race que n’importe quel règlement d’exposition.

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