Chien de rouge de Bavière : le limier de la recherche au sang
Le chien de rouge de Bavière ne poursuit pas le gibier. Il le retrouve après le coup de feu, parfois douze heures plus tard, sur une piste froide que plus personne ne lit au sol. C’est un métier précis, exercé par une race construite pour lui et par presque personne d’autre.
Son nom français entretient une confusion tenace. Le mot « rouge » ne parle pas de la couleur du poil : il désigne le sang du gibier blessé. En allemand, la recherche au sang se dit Schweißarbeit et la race s’appelle Bayerischer Gebirgsschweißhund, chien de sang de montagne bavarois. Rien de légendaire là-dedans, tout est technique.
Une race née d’un problème de terrain
À la fin du XIXe siècle, les forestiers bavarois utilisent le chien de rouge de Hanovre, déjà en place dans les plaines et les grandes forêts du nord. Dans les Alpes bavaroises, il pèse trop lourd. Sur des pentes raides, dans les éboulis et les combes, un limier de 35 kilos s’épuise et perd du temps. Les chasseurs de montagne croisent alors ce Hanovre avec des chiens courants locaux, du type bracke bavaroise, pour obtenir un chien plus léger, plus rapide sur le rocher, sans rien perdre du nez.
Le résultat est fixé au tournant du siècle, et un club de race se crée à Munich au début des années 1910 pour tenir un registre sérieux et surtout pour imposer des épreuves de travail. C’est ce dernier point qui a sauvé la race de la dérive esthétique : en Allemagne comme en Autriche, on ne fait pas reproduire un chien de rouge qui n’a pas prouvé sa valeur en forêt.
La Fédération cynologique internationale le classe dans le groupe 6, section 2, celle des chiens de recherche au sang, sous le standard numéro 217. La même section abrite son ancêtre de Hanovre et le brachet autrichien noir et feu. Trois races, trois formats, un seul métier.
Le format, la robe, la tête
C’est un chien de taille moyenne, plus léger qu’on ne l’imagine quand on l’entend décrire comme un limier. Les mâles mesurent en général de 47 à 52 centimètres au garrot, les femelles de 44 à 48. Le poids tourne autour de 20 à 25 kilos selon le sexe et l’état d’entraînement. Le corps est légèrement plus long que haut, la poitrine descend bas, les membres restent secs.
Le poil est court, couché, dur au toucher, plus fourni sur le ventre et la queue. Les robes vont du fauve rouge au brun-rouge, avec des sujets bringés assez sombres et souvent un masque foncé sur la face. Une petite marque blanche en poitrail existe chez certains sujets sans être recherchée. Les oreilles sont hautes, larges, tombant à plat contre la joue.
À quoi ressemble une recherche au sang
Un chevreuil touché trop en arrière part et ne tombe pas. Le tireur relève l’anschuss, c’est-à-dire l’endroit exact du tir, marque les indices trouvés au sol et appelle un conducteur de chien de rouge. Celui-ci arrive souvent le lendemain matin : contrairement à l’idée reçue, une piste vieillie est plus facile à suivre pour le chien, parce que les odeurs de l’animal indemne se sont dissipées.
Le chien travaille attaché à une longe de six à dix mètres, au pas, le nez au sol. Il ne s’agit pas de vitesse. Il s’agit de tenir une trace de quelques gouttes sur plusieurs centaines de mètres, de retrouver le fil après un ruisseau ou un chemin forestier, de ne pas partir sur la piste d’un animal sain qui a traversé entre-temps. Une recherche de deux heures pour un kilomètre parcouru est banale.
En France, les conducteurs sont des bénévoles. L’UNUCR, l’Union nationale pour l’utilisation de chiens de rouge, fédère une partie d’entre eux, les forme, organise des épreuves sur piste artificielle et sur piste naturelle, et met leurs coordonnées à disposition des sociétés de chasse. Un chien de rouge de Bavière sans conducteur formé reste un chien frustré.
Un caractère de spécialiste
À la maison, ce chien surprend par son calme. Il ne tourne pas en rond, il ne réclame pas, il dort. Cette placidité trompe beaucoup de gens qui en concluent qu’il s’adapterait à une vie de chien de compagnie. C’est le contresens le plus fréquent le concernant.
Avec les inconnus, il reste réservé sans être agressif. Avec son conducteur, il développe un lien exclusif qui rend d’ailleurs les placements d’adulte difficiles. Sur une piste, il devient sourd au reste du monde : le rappel d’un chien de sang engagé sur une voie relève de l’espoir plus que de l’éducation, et c’est pour cette raison qu’il travaille attaché.
Éducation et cadre de vie
Le travail commence tôt, sous forme de jeu de pistage court sur quelques mètres de sang froid conservé au congélateur. Vers six mois, on allonge, on vieillit les pistes, on introduit les changements de direction. La difficulté n’est pas d’apprendre au chien à suivre le sang, il le fait spontanément : elle est de lui apprendre à ne pas changer de piste et à signaler l’animal une fois trouvé.
Côté cadre de vie, l’appartement est possible pour un conducteur qui sort réellement, mais rare. Ce chien vit mieux avec un accès extérieur et deux heures d’activité quotidienne minimum, dont une bonne part en forêt, le nez au sol. Une promenade en ville, même longue, ne remplace rien.
Santé et entretien
La race reste saine, ce qui tient largement à la sélection sur le travail. La dysplasie coxo-fémorale existe comme chez la plupart des chiens de cette taille : la radiographie officielle donne une cotation de A à E, et les élevages allemands sérieux publient les résultats de leurs reproducteurs. La dysplasie du coude se dépiste par la même voie.
Le reste des soucis vient du terrain plus que de la génétique. Oreilles tombantes et humidité forestière donnent des otites, à contrôler après chaque sortie. Les plaies de ronces, les épillets entre les doigts en été, les tiques et la piroplasmose font partie du quotidien d’un chien qui travaille en sous-bois. Le poil court se contente d’un brossage hebdomadaire, un peu plus soutenu pendant les deux mues annuelles.

Trouver un chiot en France
Les naissances inscrites au LOF se comptent chaque année sur les doigts de deux mains. Une bonne partie des chiens travaillant en France viennent d’Allemagne, d’Autriche ou de Suisse, où le tissu d’élevage est dense et encadré. Les portées se réservent longtemps à l’avance, et l’éleveur choisit souvent l’acquéreur autant que l’inverse.
Un dernier repère utile pour situer la race : un chien de rouge confirmé peut reprendre une piste laissée depuis plus de vingt-quatre heures et parcourir plusieurs kilomètres avant de trouver l’animal. C’est cette capacité, et pas une histoire de couleur de poil, qui explique pourquoi les forestiers alpins tiennent à cette race depuis plus d’un siècle.
Résumer cet article avec :
Partager :