Chien nu mexicain : le Xoloitzcuintle, ses trois tailles et sa peau

Chien nu mexicain

Le Xoloitzcuintle, prononcé « cholo-itz-cuintlé » et raccourci en Xolo par tout le monde, est le chien nu du Mexique. Son nom vient du nahuatl : Xolotl, le dieu à tête de chien qui accompagnait les morts, et itzcuintli, le chien. Les Aztèques et les Toltèques lui prêtaient un rôle de guide des âmes vers le Mictlán, et on retrouve des figurines de ces chiens dans des sépultures vieilles de plus de deux mille ans, notamment dans les tombes à puits de Colima.

Cette ancienneté n’est pas une légende commerciale : les analyses génétiques des chiens nus américains confirment une lignée présente sur le continent bien avant l’arrivée des Européens. Reste que le chien qui dort aujourd’hui sur votre canapé n’a plus grand-chose d’un objet rituel, et c’est de lui qu’il s’agit ici.

Le chien qui a failli s’éteindre puis redevenir national

Après la conquête espagnole, le Xolo a été massivement éliminé, à la fois parce qu’il était associé aux cultes préhispaniques et parce qu’il servait de nourriture. Au début du XXe siècle, il ne subsistait plus que des populations dispersées dans les régions rurales du sud du Mexique.

Le sauvetage a été mené par un petit groupe de cynophiles mexicains partis chercher des sujets survivants dans les États de Guerrero et d’Oaxaca, à partir desquels un cheptel a été reconstitué. Le Xolo a ensuite été adopté comme symbole culturel du pays, jusqu’à apparaître dans les tableaux de Frida Kahlo et de Diego Rivera, qui en élevaient.

Nu ou poilu : les deux existent dans la même portée

Le standard mexicain reconnaît officiellement deux variétés : la variété nue, celle que tout le monde connaît, et la variété à poil, entièrement couverte d’un poil court et couché. Cette seconde variété n’est ni un défaut ni un croisement raté. Elle naît dans les portées de parents nus, parce que la mutation responsable de la nudité ne peut pas exister à double dose chez un chiot viable.

Les éleveurs qui connaissent leur travail annoncent donc la répartition prévisible d’une portée et proposent les chiots poilus au même titre que les autres. Ils ont exactement le même caractère, la même santé et la même valeur généalogique, avec en prime une peau qui ne demande aucune protection solaire.

Chez les sujets nus, la peau est chaude, souple, presque caoutchouteuse au toucher. Les couleurs vont du noir au gris bronze, du gris ardoise au rouge foie, souvent unies. Quelques poils raides subsistent sur le sommet du crâne et parfois au bout de la queue.

Xoloitzcuintle nu à peau gris foncé, grandes oreilles dressées, assis de trois quarts
Le Xoloitzcuintle de variété nue, grandes oreilles dressées et peau grise.

Un chien de garde discret

Les propriétaires découvrent souvent avec surprise que le Xolo est un excellent chien d’alerte. Il repère l’inhabituel, se poste, prévient. Ce n’est pas un chien qui mord, sa taille moyenne et son tempérament ne vont pas dans ce sens, mais rien n’entre dans une maison sans qu’il le signale.

Cette vigilance a son revers. Un Xolo insuffisamment sorti entre deux et quatre mois devient un adulte qui se méfie de tout : des inconnus, des poussettes, des hommes à chapeau, des autres chiens. La socialisation de ce chiot n’est pas une option, elle décide de la personnalité que vous aurez pendant douze ans.

À l’intérieur, c’est un chien calme, économe en mouvements, qui passe la moitié de la journée à dormir contre un radiateur ou contre vous. Cette réputation de chien tranquille en maison est justifiée à condition qu’il ait eu sa sortie du matin.

La peau, seule vraie contrainte d’entretien

Pas de brossage, pas de démêlage, pas de poils sur les vêtements. En échange, il faut une routine de peau. Douche tiède au shampooing doux toutes les une à deux semaines, séchage soigneux, et hydratant léger si la peau tire. Les huiles épaisses bouchent les pores et provoquent exactement ce qu’on cherche à éviter.

L’acné juvénile est fréquente entre six mois et deux ans, sous forme de petits points noirs et de boutons sur le dos et les flancs. Elle se calme généralement à la maturité. En cas de lésions étendues ou de pustules qui suintent, la consultation dermatologique s’impose plutôt que le nettoyage à l’alcool, qui aggrave la situation.

Dents manquantes et santé générale

La même mutation qui supprime le poil affecte la formation des dents. Les Xolos nus ont couramment une denture incomplète, avec des prémolaires absentes et parfois des dents de forme atypique. Le standard l’accepte pour la variété nue ; chez la variété à poil, la denture doit en revanche être complète.

La conséquence pratique est dentaire : moins de surface de mastication, donc plus de tartre et un risque de maladie parodontale plus élevé. Un brossage des dents plusieurs fois par semaine dès le plus jeune âge, avec un dentifrice pour chien, économise des détartrages sous anesthésie à partir de cinq ou six ans.

Pour le reste, le Xolo est un chien de construction saine, sans museau écrasé, sans dos plongeant, sans yeux exorbités. Les éleveurs consciencieux font tout de même dépister les rotules et les hanches sur les lignées de grande taille, et un examen ophtalmologique avant reproduction reste une bonne pratique.

Vérifier un élevage en cinq questions

Demandez d’abord la composition de la portée : combien de chiots nus, combien de poilus. Un éleveur qui annonce une portée entièrement nue ignore la génétique de sa race ou vous ment. Demandez ensuite l’état de peau des adultes présents, en les touchant : peau souple et propre, pas de croûtes ni de zones épaissies.

Troisième question, les dents des parents nus, pour savoir à quoi ressemblera la denture de votre chien. Quatrième, l’âge de séparation, qui ne doit pas descendre sous huit semaines. Cinquième, ce que le chiot a vu avant de partir : sol carrelé et parquet, voiture, aspirateur, enfants, autres chiens. Sur une race réservée par nature, cette liste vaut plus que le pedigree.

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