Chien Courant de Halden : la plus rare des trois races de courants norvégiens
Il existe en Norvège trois races de chiens courants nationaux : le Dunker, le Hygenhund et le Haldenstøver, que l’on appelle en français Chien Courant de Halden. Le troisième est de loin le plus rare des trois, au point que sa survie dépend chaque année d’une poignée de portées. Parler de cette race, c’est donc parler d’un chien de chasse au lièvre efficace, mais aussi d’un patrimoine génétique en tension.
La race porte le nom de la ville de Halden, dans le sud-est du pays, près de la frontière suédoise. Elle s’est constituée à partir de courants locaux croisés avec des chiens venus de Suède, d’Allemagne et probablement d’Angleterre, dans le courant du XIXe siècle et au début du XXe. Le club norvégien a fixé le type et tenu le registre. La Fédération cynologique internationale la classe dans le groupe 6, chiens courants et chiens de recherche au sang.
Un chien pour la neige et le lièvre
Le travail du Haldenstøver est simple à décrire et difficile à réaliser. Le chien part seul, lève le lièvre variable ou le lièvre brun, le poursuit à la voix pendant que le chasseur reste posté, et ramène le gibier dans un grand cercle vers le tireur. Le lièvre, poursuivi, revient toujours vers son gîte : toute la chasse repose sur ce comportement et sur la capacité du chien à tenir la voie assez longtemps pour que le cercle se referme.
Cela suppose un chien qui travaille des heures dans la neige, à des températures franchement négatives, seul, sans encouragement. La Norvège encadre par ailleurs strictement la période où l’on peut chasser avec un chien courant, précisément pour protéger le gibier pendant la mise bas et le jeune âge. Le reste de l’année, le chien s’entraîne mais ne chasse pas.
Silhouette et robe
C’est un chien de bonne taille, plus haut que les deux autres courants norvégiens, avec un garrot qui se situe grossièrement entre 50 et 60 cm selon le sexe, les mâles au-dessus des femelles. La construction est rectangulaire, sèche, sans excès de masse : le chien doit pouvoir courir dans trente centimètres de neige fraîche sans s’enliser.
La robe est caractéristique. Fond blanc dominant, plages noires nettes sur le dos et les flancs, marques feu à la tête, aux joues, aux membres et sous la queue. Le noir ne doit pas envahir le blanc : un chien trop foncé n’est pas dans le type. Le poil est court, droit, dense, doublé d’un sous-poil qui apparaît nettement en hiver. Cette fourrure d’hiver tombe au printemps et laisse pendant quelques semaines des touffes partout dans la maison.
Le tempérament, sans enjolivement
À la maison, le Haldenstøver est calme, doux, très lié à ses maîtres, peu bagarreur avec les autres chiens. C’est vrai et c’est ce qui séduit. Dehors, c’est un chien courant complet : le nez commande, la voix suit, et l’humain arrive loin derrière dans l’ordre des priorités.
Il supporte assez mal la solitude. Élevé traditionnellement en contact étroit avec la famille du chasseur, il n’a pas la tolérance à l’isolement d’un chien de chenil. Huit heures seul dans un appartement produisent des vocalises, de la destruction et un chien malheureux. Ceux qui vivent bien avec cette race sont ceux qui travaillent à domicile, en télétravail ou dans une exploitation, ou qui ont un deuxième chien.
Ce que réclame une journée
Un adulte a besoin de deux sorties longues par jour, dont une d’une heure au moins hors bitume, avec du travail de nez. Le chiffre n’est pas négociable à la baisse sous prétexte de jardin : un jardin est un lieu où le chien attend, pas où il se dépense.
La bonne nouvelle, et c’est la caractéristique qui rend cette race agréable, c’est le contraste. Un Haldenstøver correctement sorti est un chien d’une discrétion étonnante à l’intérieur. Il dort, il suit d’une pièce à l’autre, il ne réclame pas. Toute la difficulté est de tenir le rythme d’exercice les jours où l’on n’en a pas envie.
La voix, en revanche, reste un sujet. Elle est grave, sonore, faite pour porter à travers une forêt de conifères. Un chien qui repère un chevreuil derrière la clôture le fait savoir à tout le hameau. En logement mitoyen, cette race pose des problèmes réels de voisinage, et il vaut mieux l’entendre avant d’acheter qu’après.
Santé et suivi
Le poil court demande un brossage hebdomadaire, quotidien pendant la mue de printemps. Aucun toilettage payant. Les oreilles longues et pendantes, comme chez tous les courants, retiennent l’humidité : contrôle et nettoyage réguliers, et vigilance sur les épillets entre mai et juillet.
Le point de santé qui distingue vraiment cette race, ce n’est pas une maladie particulière, c’est la taille de sa population. Un effectif faible signifie un pool génétique restreint et un risque de consanguinité qui augmente mécaniquement la probabilité de voir apparaître des tares récessives. Le club norvégien suit les coefficients de parenté et a par le passé autorisé des apports extérieurs contrôlés pour élargir la base. C’est la première question à poser à un éleveur : quel est le coefficient de consanguinité de la portée ?
Pour le reste, les dépistages classiques s’appliquent. Radiographie officielle des hanches des reproducteurs, cotée de A à E pour la dysplasie coxo-fémorale, examen des coudes, et surveillance du poids toute la vie du chien. Un courant en surpoids perd son endurance avant de perdre ses articulations. L’espérance de vie annoncée pour la race tourne autour de douze à quatorze ans.
Une race à choisir en connaissance de cause
Le Chien Courant de Halden n’est pas un chien difficile, il est un chien spécialisé. Il donne beaucoup à qui lui offre du terrain, du froid, des heures de nez et une maison où il n’est pas seul. Il devient invivable pour qui espérait un chien de canapé décoratif au motif qu’il est doux à l’intérieur.
Si la race vous attire et que la chasse ne fait pas partie de votre vie, les disciplines de pistage, le mantrailing et la recherche utilitaire lui offrent un emploi crédible. Et si vous cherchez un courant nordique plus facile à trouver en France, regardez du côté du Dunker, un peu moins rare, qui partage le même mode de chasse au lièvre en solitaire.
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