Carlin : 6 à 8 kilos, une face courte et des yeux à surveiller

Carlin

Le Carlin tient dans huit kilos, ne demande rien d’autre que votre présence et ronfle sur vos genoux à la première occasion. C’est un très bon chien de compagnie urbain. C’est aussi une race dont la face courte a des conséquences médicales précises, que tout acheteur devrait connaître avant de signer.

De la Chine impériale aux cours d’Europe

Le Carlin vient de Chine, où les petits chiens à face courte étaient élevés dans l’entourage impérial bien avant leur arrivée en Europe. Les navires de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales les ramènent aux Pays-Bas, où la race devient l’emblème de la maison d’Orange. Elle passe ensuite en Angleterre, qui en assure aujourd’hui le patronage auprès de la Fédération cynologique internationale, dans le groupe 9 des chiens d’agrément et de compagnie.

En France, la race doit son nom à Carlin, personnage d’arlequin au masque noir interprété au XVIIIe siècle par le comédien Carlo Bertinazzi. Joséphine de Beauharnais possédait un Carlin nommé Fortuné, réputé pour avoir mordu Bonaparte. L’anecdote est passée dans le folklore de la race, elle en dit long sur son caractère : ce chien n’a jamais douté de sa place.

Carlin fauve au masque noir assis sur un tapis, queue enroulée sur la hanche
Le masque noir bien délimité et la queue enroulée haut sur la hanche sont deux points de type recherchés.

Un carré de 6 à 8 kilos

Le standard demande une silhouette carrée et bien musclée, ramassée dans un petit format : le poids recherché va de 6,3 à 8,1 kg, avec une taille au garrot qui tourne autour d’une trentaine de centimètres. La devise anglaise attachée à la race, multum in parvo, beaucoup dans peu, résume l’intention : de la substance sans lourdeur.

La tête est ronde, sans dépression du crâne, avec des rides marquées sur le chanfrein et de grands yeux foncés très expressifs. La queue s’enroule haut sur la hanche, la double boucle étant la plus recherchée. Les oreilles sont fines et petites, en bouton ou en rose. Côté robe, on trouve l’argent, l’abricot, le fauve et le noir, chaque couleur claire s’accompagnant d’un masque noir net et d’une raie de dos sombre.

Le tempérament, la grande qualité de la race

Le Carlin est gai, sociable et sans agressivité. Il aime les visiteurs, tolère les enfants, s’entend le plus souvent avec les chats et cohabite sans histoire avec d’autres chiens. Cette absence de méfiance en fait un mauvais gardien et un très bon chien de famille nombreuse ou de personne âgée.

Il est aussi collant. La race a été façonnée pour vivre dans les genoux de quelqu’un et elle supporte mal la solitude prolongée. Huit heures d’absence quotidienne sans aménagement, c’est le meilleur moyen d’obtenir un chien qui aboie, gratte la porte et fait ses besoins à l’intérieur. Un accueil chez une voisine ou une garderie canine change tout.

Côté éducation, il apprend volontiers mais se lasse vite et travaille surtout pour la nourriture, ce qui complique la gestion du poids. Les séances courtes et joyeuses fonctionnent. La propreté s’acquiert souvent un peu plus tard que chez d’autres petites races, autour de cinq à six mois pour un chiot correctement accompagné.

La respiration, à évaluer avant tout

Le Carlin est brachycéphale, comme le Bouledogue Français et le Bulldog Anglais, mais la traduction clinique lui est propre. Chez lui, le point critique est fréquemment la sténose des narines, associée à un voile du palais trop long. Beaucoup de Carlins respirent correctement au repos et se mettent en difficulté à l’effort ou à la chaleur, là où les formes les plus lourdes du syndrome sont audibles en permanence.

Ce qui doit alerter : un chien qui halète bruyamment après cinq minutes de marche à plat, qui dort assis ou la tête surélevée, qui régurgite régulièrement, qui a les gencives qui bleuissent à l’effort. Une plastie des narines réalisée jeune, souvent au moment de la stérilisation, apporte un gain immédiat et coûte bien moins cher qu’une chirurgie complète du voile du palais à cinq ans.

Les yeux, le point faible spécifique

Les orbites du Carlin sont peu profondes et les globes très exposés. Cela donne une liste d’affections que les vétérinaires urbains voient toutes les semaines : ulcères cornéens après un coup de branche ou de patte de chat, kératite pigmentaire, où un voile brun envahit progressivement la cornée et finit par gêner la vision, entropion, cils déviés. Dans les cas extrêmes, un choc ou une contention brutale peuvent provoquer une proptose, c’est-à-dire la sortie du globe hors de son orbite : c’est une urgence chirurgicale qui se compte en minutes.

Conséquence pratique : un œil rouge, larmoyant ou tenu fermé chez un Carlin n’attend pas le lendemain. Et on manipule ce chien par le corps, jamais par le collier avec traction : le harnais est la règle, pas une préférence.

Entretien quotidien et budget

Le poil est court et lisse, mais le Carlin perd énormément, toute l’année, et les poils fauves se plantent dans les tissus. Un brossage au gant deux fois par semaine limite la casse sans la supprimer. Le pli du chanfrein se nettoie tous les jours avec une compresse humide puis se sèche soigneusement : c’est un point où la macération s’installe en trois jours.

La ration se pèse. C’est la mesure de santé la plus rentable dans cette race, davantage que n’importe quel complément alimentaire. On doit sentir les côtes sans appuyer et voir une taille marquée vue de dessus. Les friandises entrent dans le total quotidien, elles ne s’y ajoutent pas.

Côté chirurgie, la mise bas demande souvent une césarienne du fait de la largeur des têtes des chiots, sans que ce soit aussi systématique que chez le Bulldog Anglais. Cela pèse sur le prix des chiots et cela explique pourquoi un tarif nettement inférieur au marché doit faire réfléchir : les portées bradées viennent rarement d’élevages qui ont payé un suivi gestationnel complet.

Un Carlin bien né, tenu à son poids de forme et opéré tôt de ses narines si nécessaire mène une vie de chien normale jusqu’à treize ou quatorze ans. Un Carlin acheté sur une petite annonce, nourri à volonté et jamais évalué sur son souffle passera sa deuxième moitié de vie chez le vétérinaire. L’écart entre les deux se joue au moment de l’achat.

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