Bull Terrier : surdité, santé et statut légal en France
Le Bull Terrier a une tête qu’on ne confond avec rien : un profil convexe qui descend en courbe continue du sommet du crâne à la truffe, sans cassure au niveau du stop. Les Britanniques appellent ça le downface. Ajoutez des yeux triangulaires, petits, enfoncés et obliques, uniques dans l’espèce canine, et vous obtenez la silhouette la plus reconnaissable du groupe des terriers. Voici la fiche de la race, y compris les points dont on parle moins.
Birmingham, années 1860 : l’invention d’un terrier blanc
La race porte le nom d’un homme, James Hinks, marchand et éleveur de Birmingham. Au milieu du XIXe siècle, il croise le bull and terrier de l’époque, issu des arènes, avec le Dalmatien et l’ancien White English Terrier aujourd’hui disparu. Son objectif est un chien entièrement blanc, plus élégant, destiné à accompagner le gentleman plutôt qu’à combattre.
Le produit est baptisé White Cavalier, et le surnom est resté dans le milieu de la race. Les robes colorées, brindle en tête, ne sont admises que bien plus tard, au début du XXe siècle, après des croisements de retour avec le Staffordshire. Le crâne ovoïde, lui, se fixe progressivement au fil du XXe siècle : les Bull Terriers de 1900 ont encore un stop marqué.
Ce détail a son importance. La tête actuelle est une construction récente, poussée par les rings d’exposition, et certains vétérinaires britanniques s’interrogent sur ses conséquences en termes d’encombrement dentaire et de conformation du crâne. Les avis divergent chez les éleveurs, entre ceux qui défendent un downface prononcé et ceux qui trouvent qu’on est allé trop loin.
Le caractère : un clown qui n’oublie rien
C’est un chien démonstratif, joueur, physique dans ses contacts et gaffeur. Il se jette sur les genoux, pousse du museau, réclame l’attention avec insistance. Les propriétaires de longue date décrivent un tempérament d’enfant de trois ans dans un corps de 30 kg, ce qui résume assez bien la chose.
Il est aussi têtu. Il apprend vite ce qui l’intéresse et ignore poliment le reste. Les séances d’obéissance interminables l’éteignent, alors que trois minutes de jeu bien menées font passer un apprentissage. La punition n’a jamais rien donné de bon sur cette race : elle produit un chien fermé, pas un chien obéissant.
Envers les humains, il est généralement chaleureux, y compris avec les inconnus. Envers ses congénères, c’est autre chose. Le seuil de tolérance entre mâles adultes non castrés est bas, l’héritage des origines n’a pas disparu, et une bagarre de Bull Terrier ne ressemble pas à une chamaillerie de Caniches. La cohabitation de deux mâles adultes sous le même toit demande une gestion sérieuse, et beaucoup d’éleveurs la déconseillent tout simplement.
La surdité liée au blanc
C’est le point de santé que la race ne peut pas contourner. Le gène de la panachure extrême, celui qui donne la robe entièrement blanche, agit sur les cellules pigmentaires de l’oreille interne. Sans pigment dans la strie vasculaire, les cellules auditives dégénèrent dans les premières semaines de vie. Le résultat est une surdité congénitale, définitive, unilatérale ou bilatérale.
Elle touche les sujets blancs bien plus que les colorés. Un chiot sourd d’une seule oreille se comporte normalement : il joue, réagit, semble entendre, et son handicap passe totalement inaperçu à l’œil nu. C’est pour cette raison que le dépistage se fait en laboratoire.
Le test s’appelle PEA en France, potentiels évoqués auditifs, BAER en anglais. Il se pratique dès l’âge de cinq à six semaines, dure quelques minutes, et donne un résultat oreille par oreille. Un éleveur sérieux de Bull Terriers blancs fait tester toute sa portée et vous remet le compte rendu. S’il vous répond que ses chiots entendent parce qu’ils réagissent quand il tape dans les mains, vous savez à qui vous avez affaire.
Un chien sourd bilatéral peut vivre très bien, éduqué aux signaux visuels, mais il ne se lâche jamais sans clôture et demande un maître averti. Un chien sourd d’une oreille mène une vie normale, à ceci près qu’il ne localise pas les sons et qu’il ne doit pas être reproduit.
Catégorie 1, catégorie 2 : ce que dit la loi française
Autant être direct, parce que la confusion est permanente. Le Bull Terrier ne figure dans aucune des deux catégories définies par la loi du 6 janvier 1999 et l’arrêté du 27 avril 1999. Ni en catégorie 1, celle des chiens d’attaque, qui vise les chiens sans pedigree assimilables au type American Staffordshire Terrier, au Mastiff ou au Tosa. Ni en catégorie 2, celle des chiens de garde et de défense, qui liste l’American Staffordshire Terrier inscrit à un livre généalogique, le Rottweiler et le Tosa inscrit.
Concrètement, un propriétaire de Bull Terrier n’a pas besoin de permis de détention, ni d’attestation d’aptitude, ni d’évaluation comportementale obligatoire. Il n’a pas l’obligation de muselière et de laisse dans l’espace public au titre de ces textes, et il n’est pas soumis aux restrictions d’accès des chiens catégorisés.
Deux nuances, tout de même. Un maire peut prendre un arrêté municipal imposant la laisse ou la muselière à tous les chiens sur certaines zones de sa commune, et cela s’applique alors au Bull Terrier comme aux autres. Et un chien mordeur, quelle que soit sa race, déclenche une surveillance sanitaire et une évaluation comportementale à la demande du maire.
Reste la vie réelle. Des assureurs, des bailleurs, des campings et certaines compagnies aériennes tiennent leurs propres listes de races refusées, où le Bull Terrier figure régulièrement par confusion morphologique. Vérifiez votre contrat d’assurance responsabilité civile avant l’adoption plutôt qu’après.
La peau, le poil et le quotidien
Le poil est court, dur, couché, brillant. Un gant de caoutchouc une fois par semaine suffit, davantage aux deux mues. Pas de toilettage, pas de coupe, pas de bain fréquent : la peau du Bull Terrier est sensible et les shampoings répétés l’assèchent.
Les allergies cutanées sont fréquentes dans la race, souvent alimentaires ou environnementales, et se manifestent par des rougeurs aux plis, aux aisselles et entre les doigts. La peau claire des sujets blancs prend aussi des coups de soleil sur la truffe et sur le dos en été. La démodécie juvénile touche parfois les chiots.
Côté exercice, comptez une heure à une heure trente par jour, en séquences variées plutôt qu’en un seul long trajet. Il est puissant mais peu endurant : il ne tiendra pas un semi-marathon derrière un coureur, et sa musculature dense supporte mal les fortes chaleurs. Le travail de mastication, les jeux de recherche et les exercices d’auto-contrôle l’occupent mieux que le kilométrage.
À qui il convient
À un foyer présent, physique, patient et amusé par un chien envahissant. Le Bull Terrier supporte mal la solitude prolongée et se venge sur le mobilier avec une efficacité qui laisse des souvenirs : une mâchoire de cette puissance ouvre un canapé en une heure.
Il n’est pas fait pour un maître qui cherche un chien discret, ni pour un foyer qui possède déjà un mâle adulte de gabarit comparable, ni pour quelqu’un qui compte le laisser seul huit heures par jour. Avec des enfants, la cohabitation fonctionne souvent bien, à condition de tenir compte de sa masse et de son enthousiasme : il ne mord pas, il renverse.
Son espérance de vie tourne autour de dix à douze ans. Les chiens qui atteignent le haut de cette fourchette sont presque toujours ceux qu’on a maintenus minces, dont les reins ont été contrôlés une fois par an après six ans, et qui ont eu quelque chose à faire de leurs journées.
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