Clics solidaires Woopets : ce que valent 36 tonnes de croquettes
Trente-six tonnes de croquettes, c’est le total revendiqué par l’opération des clics solidaires de Woopets, un dispositif où l’internaute déclenche un don en cliquant sur une campagne, sans sortir un centime de sa poche. Le chiffre circule beaucoup et impressionne. Reste à savoir ce qu’il représente une fois posé dans un refuge, combien de temps cela nourrit un chenil, et ce que ce modèle de générosité par le clic peut et ne peut pas faire.
Le principe du don par le clic
Le mécanisme est toujours le même d’une plateforme à l’autre. Un média ou un site à forte audience s’associe à une marque, généralement un fabricant d’aliments pour animaux. La marque s’engage à verser une quantité de nourriture proportionnelle à la mobilisation des internautes, dans la limite d’un plafond fixé à l’avance. Le site héberge une page de campagne, le public clique, partage, et la marque livre les palettes aux associations sélectionnées.
L’internaute ne paie rien. C’est le budget de communication de la marque qui finance le don, et l’opération lui rapporte de la visibilité, des adresses de contact et une image de partenaire du monde animal. Ce n’est pas une critique : le modèle existe depuis longtemps, il fonctionne, et les refuges reçoivent de la nourriture réelle. Il faut simplement savoir qu’on participe à une opération marketing autant qu’à une action de solidarité.
Ce que pèsent réellement trente-six tonnes
Le chiffre ne dit rien tant qu’on ne le divise pas. Un chien moyen de vingt kilos consomme de l’ordre de trois cents grammes de croquettes par jour selon la densité de l’aliment et son niveau d’activité. Trente-six tonnes font trente-six mille kilos, soit environ cent vingt mille rations journalières pour un chien de ce gabarit.
Autrement dit : de quoi nourrir cent chiens pendant plus de trois ans, ou trois cents chiens pendant environ un an. Réparti sur l’ensemble des refuges français, c’est beaucoup moins spectaculaire que le chiffre brut ne le laisse croire, mais parfaitement concret à l’échelle d’un refuge qui reçoit deux palettes. Pour une structure moyenne, l’alimentation représente un des plus gros postes de dépense après les frais vétérinaires : chaque tonne reçue est une tonne qui n’est pas achetée.
Les chiffres publiés méritent d’être lus lentement
Les communications de ce type mélangent souvent des périmètres différents, et le lecteur s’y perd légitimement. On voit ainsi cohabiter un total général et des résultats par campagne dont l’addition dépasse le total, ce qui signifie simplement que les chiffres ne couvrent ni les mêmes années ni les mêmes opérations. Un total cumulé depuis le lancement d’un dispositif, un total sur l’année écoulée et le résultat d’une campagne ponctuelle ne se comparent pas.
La bonne question à poser devant une annonce de collecte tient en trois points : sur quelle période porte le chiffre, quelles associations ont effectivement reçu la marchandise, et sous quelle forme. Une campagne sérieuse publie la liste des bénéficiaires et les quantités livrées à chacun. Quand cette liste n’existe pas, le chiffre reste invérifiable, ce qui ne veut pas dire qu’il est faux, mais qu’il n’engage que celui qui l’annonce.
Ce dont un refuge a vraiment besoin
La nourriture est le don le plus visible et le plus facile à mobiliser. Ce n’est pas toujours celui qui manque le plus. Les responsables de refuges citent d’abord les frais vétérinaires : stérilisations, vaccinations, traitements antiparasitaires, chirurgies d’urgence sur des animaux arrivés blessés, soins dentaires sur les chiens âgés. Ces dépenses se règlent en euros et ne peuvent pas être remplacées par des palettes.
Vient ensuite la question de l’adaptation de l’aliment. Un refuge accueille des chiots, des adultes, des chiens âgés, des convalescents, des chiennes qui allaitent, parfois des animaux en insuffisance rénale ou allergiques. Une livraison massive d’un aliment unique pour adulte moyen ne couvre pas ces besoins particuliers, et un changement brutal d’alimentation provoque des diarrhées qui occupent les bénévoles pendant une semaine. Les structures organisées procèdent par transition progressive sur sept à dix jours, en mélangeant l’ancien et le nouveau.
Les limites du modèle
Le don par le clic a un défaut structurel : il dépend d’une marque et d’un budget de communication. Le jour où l’annonceur change de stratégie, la campagne s’arrête, et les refuges qui avaient intégré ces livraisons dans leur budget se retrouvent devant un trou. Les associations les plus solides considèrent donc ces apports comme un bonus, jamais comme une ligne de recettes prévisible.
Le second défaut est psychologique et bien documenté par les gens qui collectent des fonds : le clic gratuit donne le sentiment d’avoir agi. Une partie du public s’arrête là, satisfaite, alors qu’elle aurait pu donner, parrainer ou adopter. C’est le revers de l’accessibilité du geste. Les campagnes les mieux conçues l’ont compris et enchaînent systématiquement sur une proposition d’engagement plus solide.
Comment soutenir efficacement un refuge
Le versement régulier, même faible, vaut mieux qu’un don ponctuel plus élevé : il permet de prévoir. Une association qui sait qu’elle reçoit un certain montant chaque mois peut planifier des stérilisations au lieu de les reporter. Le parrainage fonctionne sur le même principe et cible un animal précis, souvent un vieux chien ou un chien de catégorie réglementée qui restera longtemps au chenil.
Le don de temps reste le plus recherché. Sortir les chiens, nettoyer, transporter un animal chez le vétérinaire, photographier correctement les pensionnaires pour les annonces d’adoption : une bonne photo change le nombre de visites sur une fiche, et les refuges manquent de gens capables d’en faire. Le covoiturage animalier, par relais de bénévoles, déplace chaque semaine des chiens entre refuges saturés et familles d’accueil.
Enfin, l’adoption d’un adulte libère une place et un budget. Un chien de sept ou huit ans coûte moins cher à entretenir qu’on ne le croit, son caractère est connu et il est le plus souvent déjà propre. Les refuges gardent ces animaux des mois, parfois des années, pendant que les chiots partent en une semaine.
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