Chow Chow : caractère distant, entretien du poil et santé
On achète souvent un Chow Chow sur une photo. Un chiot rond, une fourrure de peluche, une petite langue bleue : l’image fonctionne. Six mois plus tard, le même propriétaire découvre un chien de 25 kg qui refuse les caresses des invités, qui ne rapporte pas la balle et qui a décidé une fois pour toutes quelles personnes il tolère. La race n’a rien caché. C’est l’acheteur qui n’avait pas lu.
Cette fiche décrit ce chien tel qu’il est : un spitz asiatique ancien, distant, propre, silencieux, avec un entretien de poil lourd et trois points de santé à surveiller de près.
Un spitz asiatique, pas un ours en peluche
La Fédération cynologique internationale range le Chow Chow dans le cinquième groupe, celui des chiens de type spitz et de type primitif, section des spitz asiatiques, sous le standard n° 205. Le pays d’origine reconnu est la Chine, le patronage du standard revenant au Royaume-Uni, où la race a été fixée dans sa forme moderne à la fin du XIXe siècle.
En Chine, l’animal a servi de chien de garde, de chien de chasse et, sans détour, de source de viande et de fourrure dans certaines provinces. Les représentations anciennes montrent d’ailleurs un chien plus léger et plus haut sur pattes que celui des expositions actuelles. Le type très lourd, à tête large et à museau court, est une construction récente de l’élevage occidental, et plusieurs juges européens alertent depuis des années sur cette dérive.
La langue bleu-noir et les autres marqueurs
La langue bleu-noir est le signe distinctif de la race, partagé avec le Shar Peï. La pigmentation touche aussi le palais, les gencives et les babines. Un chiot naît avec une langue rose qui se pigmente dans les premières semaines. Une langue restée rose chez un adulte est un défaut de standard, pas un problème de santé.
Le second marqueur passe plus inaperçu et pèse davantage : les postérieurs sont presque droits, avec des angulations très fermées. De là vient cette démarche courte et raide, à petits pas, qui rend le Chow Chow reconnaissable de loin. Cette construction limite sa capacité à courir longtemps et fatigue les articulations avec l’âge.
Les mâles mesurent en gros 48 à 56 cm au garrot, les femelles 46 à 51 cm, pour un poids adulte compris entre 20 et 32 kg selon le sexe et le type. Les robes admises sont unicolores : fauve, rouge, noir, bleu, crème, blanc, avec des nuances plus claires aux culottes et sous la queue. Une robe panachée n’appartient pas au standard.
Poil long ou poil court, deux entretiens différents
La variété à poil long porte un poil de couverture abondant et droit, planté sur un sous-poil laineux dense, avec une collerette qui remonte autour du cou. La variété à poil court, plus rare en France, a un poil dressé, dur, sans collerette marquée. Toutes deux sont des Chow Chows, avec le même caractère.
Pour le poil long, comptez trois séances de brossage par semaine, une bonne demi-heure chacune, avec une brosse à picots métalliques et un râteau pour le sous-poil. Insistez derrière les oreilles, aux aisselles et aux culottes : c’est là que les nœuds se soudent. Deux fois par an, à la mue, la quantité de poils perdue surprend tous les débutants et le rythme passe à un brossage quotidien pendant trois semaines.
Le toilettage professionnel n’est pas obligatoire mais il aide, surtout pour le bain et le séchage à l’air pulsé qui décolle le sous-poil mort. Comptez un budget de salon comparable à celui d’un grand chien à poil dense, à raison de deux à quatre passages par an. En revanche, ne laissez jamais tondre un Chow Chow à ras : le double pelage isole aussi contre la chaleur et repousse mal après une tonte.
Un caractère qui ne convient pas à tout le monde
Le Chow Chow est réservé, indépendant et sélectif. Il s’attache à son foyer, souvent à une ou deux personnes, et traite les autres avec une politesse froide. Il ne fait pas la fête aux visiteurs, il ne sollicite pas les caresses et il déteste être manipulé par un inconnu, y compris chez le vétérinaire.
Il aboie peu. Un Chow Chow qui grogne a déjà donné plusieurs signaux plus discrets : raidissement, tête détournée, retrait. Les propriétaires qui ont des ennuis sont ceux qui n’ont pas appris à lire ces signaux, parce que la race n’avertit pas longtemps.
Avec les enfants de la maison, la cohabitation se passe généralement bien si le chien a un endroit inviolable où se retirer. Avec les enfants de passage qui se jettent sur la fourrure, elle se passe mal. Avec les autres chiens, l’entente dépend beaucoup du sexe : deux mâles adultes sous le même toit sont une source de conflit fréquente dans cette race.
L’éducation demande de la constance sans rapport de force. Ce chien ne travaille pas pour faire plaisir, il travaille quand il en voit l’intérêt. Les séances courtes, trois à cinq minutes, plusieurs fois par jour, avec de la nourriture de valeur, donnent de bien meilleurs résultats qu’une demi-heure de répétitions. Le rappel reste moyen toute la vie : beaucoup de propriétaires expérimentés gardent la longe en milieu ouvert et l’assument.
Entropion, hanches et thyroïde
Trois sujets reviennent chez les vétérinaires qui suivent la race. L’entropion d’abord : la paupière s’enroule vers l’intérieur et les cils frottent la cornée. Les plis de la face et les paupières lourdes du type moderne y prédisposent. Un chiot qui garde un œil mi-clos, qui larmoie ou qui frotte sa tête au sol doit être examiné, et la correction est chirurgicale.
La dysplasie coxo-fémorale ensuite, avec sa cotation officielle de A à E sur radiographie, et la dysplasie du coude qui existe aussi dans la race. L’arrière-main droite du Chow Chow encaisse mal une articulation imparfaite. Demandez les lectures officielles des deux parents, pas une simple phrase rassurante.
L’hypothyroïdie enfin, plus fréquente chez ce spitz que la moyenne canine : prise de poids inexpliquée, poil terne qui tombe par plaques symétriques, frilosité, apathie. Un dosage sanguin tranche et le traitement quotidien est peu coûteux.
Le glaucome et la torsion d’estomac complètent la liste des urgences à connaître. L’espérance de vie tourne autour de 9 à 12 ans, avec une arthrose fréquente à partir de sept ou huit ans chez les sujets les plus lourds.
Prix d’achat et budget réel
Un chiot inscrit au LOF chez un éleveur déclaré se situe le plus souvent entre 1 000 et 2 000 euros, davantage pour une lignée d’exposition. Ce prix couvre l’identification, la primo-vaccination, le certificat vétérinaire et le dossier LOF. Une annonce nettement en dessous, sans pedigree, vient dans la plupart des cas d’un élevage étranger à reproduction intensive, avec les problèmes de socialisation que cela entraîne.
Le budget annuel dépasse celui d’un chien de format équivalent à poil court, à cause du toilettage et des consultations ophtalmologiques. Prévoyez aussi une assurance santé souscrite avant tout signe clinique : les compagnies excluent l’entropion une fois qu’il est diagnostiqué.
Questions fréquentes
Le Chow Chow supporte-t-il l’appartement ?
Oui, mieux que beaucoup de chiens de sa taille. Il est calme à l’intérieur, propre, peu aboyeur et se contente de deux sorties d’une quarantaine de minutes. La contrainte réelle est la chaleur, pas la surface.
Peut-il rester seul la journée ?
Il le supporte mieux que la moyenne, son indépendance joue en sa faveur. Huit heures restent un maximum, avec une sortie longue avant et après.
Perd-il beaucoup ses poils ?
Énormément, deux fois par an. Le sous-poil part en touffes pendant deux à trois semaines et se retrouve partout. Un aspirateur adapté fait partie du budget.
Est-il classé chien dangereux en France ?
Non. Le Chow Chow n’appartient ni à la première ni à la deuxième catégorie et ne relève d’aucune obligation particulière de détention.
Un dernier point à peser avant de se décider : chez le vétérinaire, la plupart des Chow Chows adultes se laissent examiner sans problème s’ils ont été habitués tôt, et deviennent très difficiles à manipuler s’ils ne l’ont pas été. Emmenez votre chiot à la clinique trois ou quatre fois pour rien, juste pour une pesée et une friandise, avant sa première consultation qui fait mal.
Résumer cet article avec :
Partager :