Cirneco de l’Etna : le chasseur sicilien qui ne revient pas au rappel

Cirneco de l’Etna

Sur les pentes noires de l’Etna, la chasse au lapin se pratique dans la pierre, les ronces et une chaleur qui monte à quarante degrés. Le chien qui y travaille depuis des siècles s’appelle le Cirneco de l’Etna. Petit, fauve, oreilles dressées, silencieux : il ne ressemble à aucun chien courant continental et son mode de chasse non plus.

C’est une race de type primitif, encore rare hors d’Italie, qui séduit pour son allure et qui déçoit ceux qui n’avaient pas mesuré ce que veut dire vivre avec un chasseur autonome.

Un chien de type primitif méditerranéen

La Fédération cynologique internationale classe le Cirneco de l’Etna dans le cinquième groupe, à la section des chiens de type primitif employés à la chasse, sous le standard n° 199. Le pays d’origine est l’Italie, la Sicile plus précisément, et le club de race italien suit la population depuis les années 1930, période où un premier travail de recensement et de fixation du type a été mené sur l’île.

Morphologiquement, il appartient à cette famille de chiens à oreilles dressées et à silhouette inscrite dans un carré qu’on retrouve tout autour de la Méditerranée : Podenco Ibicenco, Podengo portugais, Chien du Pharaon. La ressemblance avec les représentations canines de l’Égypte ancienne alimente une jolie légende sur une origine venue d’Orient. Les études génétiques publiées depuis les années 2000 ne confirment pas cette ancienneté-là et pointent plutôt une reconstitution locale plus récente d’un type ancien. Le chien n’en perd rien, seulement un roman.

Le standard en centimètres

Les mâles mesurent en gros 46 à 50 cm au garrot, les femelles 42 à 46 cm, avec une tolérance de quelques centimètres au-dessus et en dessous. Le poids se situe autour de 10 à 12 kg chez le mâle et de 8 à 10 kg chez la femelle. C’est donc un chien de format moyen-petit, sec, léger, dont on sent les côtes sous la main sans que cela signifie qu’il est maigre.

La robe est fauve unicolore, du sable clair au fauve intense. Le blanc est admis en tête, au poitrail, au ventre, aux pieds et au bout de la queue. Une robe blanche portant des plaques fauves reste tolérée. Le noir est un motif d’exclusion, sur le poil comme sur la truffe : la truffe doit être de la couleur de la robe, ce qui donne ce nez couleur chair ou brun clair typique de la race.

Le poil est ras sur le corps et un peu plus fourni à l’arrière des cuisses. Les oreilles, larges à la base et portées haut, sont raides et pointent vers l’avant. L’œil est petit, ocre ou ambré, jamais foncé. La queue est portée basse au repos et en trompette dans l’action.

Comment il chasse le lapin

Le Cirneco travaille seul ou à deux, jamais en grande meute. Il quête à distance du chasseur, l’oreille en avant, s’arrête net pour écouter un froissement sous la pierre, puis fonce. Il ne donne pas de la voix en action, ou très peu, ce qui le distingue radicalement d’un courant français : sur l’Etna, le gibier se prend dans les éboulis et l’aboiement ne sert à rien.

Cette technique demande un chien capable de décider seul. Des générations de sélection ont produit exactement cela, et le trait ne s’efface pas parce qu’on l’installe dans un jardin de banlieue. Un Cirneco qui part sur un lapin en forêt ne revient pas parce qu’on siffle. Il revient quand il a fini.

Le terrain sicilien a aussi façonné une rusticité peu commune : coussinets épais, tolérance à la chaleur sèche, faible besoin calorique. En revanche, le poil ras et l’absence de sous-poil le rendent frileux dès que la température descend, et le manteau devient utile en hiver dans le nord de la France.

Le rappel, point noir assumé

Aucune fiche honnête sur cette race ne peut faire l’économie de ce paragraphe. Le rappel d’un Cirneco en milieu ouvert n’est pas fiable, quelle que soit la qualité de l’éducation. Les propriétaires expérimentés travaillent trois choses en parallèle et acceptent la contrainte.

D’abord la longe : dix à quinze mètres, en terrain non clos, toute la vie du chien pour la plupart des sujets. Ensuite le rappel travaillé dès huit semaines dans le couloir de la maison, puis dans le jardin, puis dans un terrain clos, avec une récompense qui vaut mieux qu’un lapin, ce qui suppose du poulet ou du foie séché et non des croquettes. Enfin la gestion du jardin : un Cirneco saute, grimpe et se faufile ; une clôture d’un mètre cinquante avec une lisse en surplomb est un minimum, et le grillage doit descendre dans le sol.

Cirneco de l’Etna fauve debout en terrain sec, oreilles dressées vers l’avant
Cirneco de l’Etna à robe fauve, oreilles hautes et silhouette inscrite dans un carré.

Le tempérament à la maison

À l’intérieur, le Cirneco surprend par son calme. Il cherche les endroits chauds, le radiateur, un plaid, un rayon de soleil, et il y dort une bonne partie de la journée. Il est propre, peu aboyeur, discret, sans odeur de chien marquée.

Il est affectueux avec sa famille, dans un registre discret : il vient s’asseoir contre vous plutôt que de vous sauter dessus. Avec les inconnus, il reste réservé quelques minutes puis accepte le contact. Il supporte les enfants qui respectent son sommeil et déteste ceux qui l’attrapent.

Deux incompatibilités classiques méritent d’être dites franchement. Les rongeurs et les lapins domestiques ne cohabitent pas avec cette race, même élevés ensemble : la poursuite se déclenche sur un mouvement. Les chats de la maison passent parfois, ceux du quartier jamais. Un foyer qui possède un NAC devrait choisir une autre race.

Côté dépense d’énergie, comptez une heure et demie à deux heures par jour, dont une partie en course libre dans un espace clos. Un Cirneco sous-employé ne détruit pas beaucoup, il devient nerveux et se met à escalader.

Une race encore saine

La population est restée petite et proche de sa fonction, ce qui lui a épargné les dérives morphologiques observées ailleurs. Les vétérinaires italiens décrivent une race globalement peu touchée par les affections héréditaires lourdes, la dysplasie coxo-fémorale y étant nettement moins fréquente que chez la plupart des races de taille comparable.

Cela n’exonère de rien. Demandez tout de même la radiographie officielle des hanches des deux parents avec sa cotation de A à E, et un examen ophtalmologique. Interrogez l’éleveur sur les cas de luxation de la rotule et sur l’état dentaire de ses lignées. Dans une population réduite, un problème isolé se répand vite.

Deux points pratiques valent pour tous les chiens secs à peau fine : la protection de la peau contre le soleil sur les zones peu couvertes en été, et la surveillance du poids, car un Cirneco qui prend deux kilos perd immédiatement en allure et en aisance.

Adopter un Cirneco en France

Les naissances françaises se comptent chaque année sur les doigts d’une ou deux mains, et une partie des chiots vient d’Italie où la race dispose d’une base d’élevage bien plus large. L’attente de plusieurs mois est la règle. Passer par le club de race francophone reste le moyen le plus sûr d’identifier les éleveurs actifs.

Le prix d’un chiot inscrit à un livre des origines se situe généralement entre 1 000 et 2 000 euros, importation comprise. Vérifiez le pedigree italien ou le certificat de naissance, l’identification, le passeport européen si le chiot vient d’Italie et l’âge réel : la cession avant huit semaines est interdite, et un transport international trop précoce laisse des traces sur la socialisation.

Standard FCIN° 199, groupe 5, chiens de type primitif de chasse
OrigineSicile, versants de l’Etna
Taille46 à 50 cm au garrot chez le mâle, 42 à 46 cm chez la femelle
Poids10 à 12 kg chez le mâle, 8 à 10 kg chez la femelle
RobeFauve unicolore, blanc admis en tête, poitrail, pieds et bout de queue
Entretien du poilGant en caoutchouc une fois par semaine
Exercice1 h 30 à 2 h par jour, dont de la course en terrain clos
Longévité12 à 14 ans

Un détail que les éleveurs siciliens répètent aux acheteurs du continent : ce chien mange peu. Un adulte de 11 kg se contente d’une ration nettement plus modeste que celle indiquée sur les paquets de croquettes pour son poids. Pesez la gamelle, ajustez au toucher des côtes, et vous éviterez le surpoids qui gâche la plus belle qualité de la race, sa légèreté.

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