Foxhound Anglais : la race des meutes de chasse au renard

Le Foxhound Anglais n’a pas été fabriqué pour vivre dans une maison. Il a été fabriqué pour courir en groupe de vingt couples devant des cavaliers, sur des prairies anglaises, plusieurs heures d’affilée. Tout ce qui suit découle de cette fonction unique, et c’est aussi ce qui explique qu’on le rencontre si peu comme chien de famille.

C’est un chien courant du groupe 6 de la FCI, originaire de Grande-Bretagne, sélectionné depuis le XVIIIe siècle par les équipages eux-mêmes plutôt que par des éleveurs particuliers. Cette particularité d’organisation a façonné la race autant que le pays de chasse.

Un chien produit par les équipages

La chasse au renard monté se structure en Angleterre au XVIIIe siècle. Chaque équipage entretient son chenil, tient ses propres registres de saillies et sélectionne sur un critère unique : la capacité du lot à mener une voie ensemble, à la même allure, sans qu’un chien prenne l’avance ou décroche. Le stud-book des meutes britanniques est l’un des plus anciens registres canins tenus de façon continue.

La conséquence est visible dans le chenil : les chiens d’une même meute se ressemblent au point qu’un œil non averti ne les distingue pas. On ne cherchait pas un individu brillant, on cherchait un ensemble homogène. Les croisements avec des chiens plus rapides, dont le Greyhound, sont documentés à certaines époques pour relever la vitesse quand le renard courait plus vite que la meute.

Le physique d’un coureur de fond porté par l’os

Le Foxhound Anglais mesure autour de 58 à 64 cm au garrot, pour un poids courant de 25 à 34 kg. La différence avec son cousin américain se joue moins sur les centimètres que sur la construction : l’Anglais est plus large, plus profond de poitrine, avec une ossature dite ronde, épaisse, et un pied compact, dit pied de chat, dont les doigts sont serrés et les coussinets épais.

Ce pied n’a rien d’un détail esthétique. Un chien qui parcourt quarante kilomètres par sortie sur des sols alternant labour, herbe et cailloux use ses coussinets avant tout le reste. La sélection britannique en a fait un point de standard majeur.

La robe est courte, dense, plaquée, résistante à la pluie. Le tricolore noir, blanc et feu domine, mais les robes citron et blanc, badger, ou pie feu existent. L’entretien du poil se résume à un gant de caoutchouc une fois par semaine, ce qui n’empêche pas la mue de laisser des poils courts et raides plantés dans les tissus.

Le cri de meute, une donnée de départ

Ce que les Anglais appellent le « cry » d’une meute est un critère de sélection à part entière : la voix doit être grave, sonore, tenue, et se reconnaître à distance pour que les cavaliers suivent l’action sans voir les chiens. Un Foxhound Anglais qui donne de la voix ne fait pas du bruit par accident, il exécute sa fonction.

Transposé dans un lotissement, le résultat est prévisible. Le chien répond aux sirènes, aux cloches, aux autres chiens, aux passages du facteur. Ce n’est pas corrigible par le dressage, tout au plus atténuable par la dépense physique et par un environnement moins stimulant.

Un tempérament de groupe

Avec ses congénères, le Foxhound Anglais est l’un des chiens les plus tolérants qui soient. Il a grandi au milieu de dizaines d’autres, mange à côté d’eux, dort en tas. Les bagarres de chenil sont rares et gérées par la hiérarchie du groupe.

Avec l’humain, il est amical, sans être demandeur d’attention comme un retriever. Il ne développe pas le lien exclusif d’un berger avec un maître unique. Cette distance affective surprend les adoptants qui attendent un chien collé à eux.

Avec les enfants, il est doux, mais son gabarit et son enthousiasme font qu’un chien de 30 kg lancé au trot renverse un enfant de quatre ans sans intention de mal faire. Avec un chat, la prudence s’impose : l’instinct de poursuite est intact.

Ce que devient un chien de meute réformé

Les équipages réforment leurs chiens vers 6 ou 7 ans, parfois plus tôt en cas de blessure. Des associations britanniques et françaises placent ces adultes en famille, et c’est probablement la voie d’adoption la plus réaliste pour cette race hors du monde de la chasse.

L’adaptation demande du temps. Un chien qui n’a jamais vu d’escalier, de sol carrelé, de télévision ni de laisse individuelle découvre tout en même temps. Comptez plusieurs semaines avant qu’il ne comprenne la propreté en maison, et prévoyez que la première nuit se passe à hurler : il cherche sa meute. Deux chiens adoptés ensemble s’installent presque toujours plus vite qu’un seul.

Santé et longévité

La sélection sur la performance a préservé cette race de la plupart des exagérations morphologiques. Elle reste concernée par la dysplasie coxo-fémorale, dépistée par radiographie officielle cotée de A à E, et par la dysplasie du coude. Les meutes contrôlent surtout les aplombs et l’usure des coussinets, qui déterminent la carrière du chien.

Deux autres points méritent l’attention du propriétaire particulier. Les oreilles longues et plaquées ferment le conduit auditif : un contrôle hebdomadaire évite l’otite chronique. La poitrine profonde expose au syndrome de dilatation-torsion de l’estomac, urgence vitale qui se reconnaît à un abdomen tendu, des tentatives de vomissement improductives et une salivation abondante. Dans ce cas, on part chez le vétérinaire immédiatement.

L’espérance de vie se situe entre 10 et 13 ans. Les chiens de meute vieillissent surtout des articulations : arthrose des hanches et des coudes, épaules usées. Un tapis épais, un poids maîtrisé et une activité régulière mais sans à-coups prolongent le confort de plusieurs années.

Le Foxhound Anglais en France

Il existe en France quelques équipages qui entretiennent des meutes de Foxhounds anglais ou de croisements anglo-français dérivés de la race. En dehors de ce milieu, les inscriptions annuelles au livre des origines restent anecdotiques et aucun élevage de compagnie n’est structuré autour de la race.

Pour un particulier, deux portes d’entrée : une association de placement de chiens de meute réformés, ou un contact direct avec un équipage. Dans les deux cas, on visite le chenil, on regarde comment les chiens réagissent à l’approche d’un inconnu et on demande l’historique sanitaire. Le prix d’achat est faible ou nul comparé à celui d’un chiot de race de compagnie ; le coût réel se trouve dans la clôture, l’alimentation et le temps de sortie quotidien.

Repères de la race

OrigineGrande-Bretagne, sélection organisée depuis le XVIIIe siècle
Groupe FCIGroupe 6, chiens courants
Taille au garrotEnviron 58 à 64 cm
PoidsEnviron 25 à 34 kg
OssatureRonde et épaisse, pied de chat compact
RobePoil court et plaqué, tricolore le plus souvent
Fonction d’origineChasse au renard en meute devant des cavaliers
VoixGrave et sonore, sélectionnée comme telle
Vie socialeTrès tolérant avec les congénères, mal à l’aise seul
Espérance de vie10 à 13 ans

Un point d’histoire pour finir : ce sont des Foxhounds anglais expédiés en Amérique dès le XVIIe siècle, puis tout au long du XVIIIe, qui ont fourni la base du Foxhound Américain. Les deux races ont ensuite divergé pendant deux cents ans, l’une vers la meute compacte et la puissance, l’autre vers la vitesse et l’autonomie sur de grands espaces. Elles portent le même nom et ne se confondent plus.

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