Bouvier d’Appenzell : le plus vif des bouviers suisses
Des quatre bouviers suisses, le Bouvier d’Appenzell est celui qui ne tient pas en place. Le Bernois somnole, le Grand Bouvier Suisse pose, l’Entlebuch travaille. L’Appenzell, lui, tourne, surveille, remonte l’allée au trot et donne de la voix dès qu’une voiture ralentit devant le portail. C’est un chien de ferme du nord-est de la Suisse, et il n’a jamais cessé d’en être un.
Un chien des fermes appenzelloises
Le canton d’Appenzell est un pays de petites exploitations d’élevage laitier, de parcelles en pente et de chemins creux. Le chien y servait à tout : rassembler quelques vaches pour la traite, les mener à l’estive au printemps, signaler l’approche d’un étranger, éventuellement tirer un petit char à lait. Cette polyvalence a façonné un animal de format moyen, rapide, très attentif aux mouvements de son environnement.
Le premier signalement écrit de la race revient à Max Siber, qui en décrit le type à la fin du XIXe siècle. Un club de race se crée en 1906 autour du professeur Albert Heim, qui travaillait alors à séparer et à fixer les différentes variétés de chiens de bouvier helvétiques. Le standard actuel porte le numéro 46 de la Fédération cynologique internationale, dans le groupe 2, section 3.
Mesures, robe et allure
Le mâle mesure de 52 à 56 cm au garrot, la femelle de 50 à 54 cm, avec une tolérance de deux centimètres au-dessus. Le poids se situe le plus souvent entre 22 et 32 kg. La silhouette est presque carrée, un peu plus longue que haute, l’ossature sèche, jamais lourde.
Le poil est court, serré, brillant, doublé d’un sous-poil épais qui isole aussi bien du froid que de la pluie. La robe est tricolore sur deux fonds possibles : noir, ou havane, ce brun-rouge foncé qui reste plus rare. Les marques feu se placent au-dessus des yeux, aux joues, au poitrail et aux membres, entre le fond et le blanc. Le blanc dessine une liste sur le chanfrein, une croix sur le poitrail, le bout des pieds et l’extrémité de la queue.

Un chien qui donne de la voix
C’est le point que les acheteurs découvrent trop tard. La race a été sélectionnée pour avertir, et elle avertit : aboiement haut, répété, déclenché par le passage d’un vélo, une porte de voiture, un pas dans l’escalier de l’immeuble. Ce n’est pas un défaut de sélection, c’est la fonction même du chien.
On peut canaliser cette tendance par un travail sur le signal d’arrêt et par une gestion des déclencheurs visuels, en occultant le bas d’un portail par exemple. On ne la supprime pas. En appartement mitoyen, ou dans une maison en limite de trottoir passant, un Appenzell fabrique des conflits de voisinage. C’est une race pour une maison avec du terrain, et il faut le dire clairement plutôt que de promettre une adaptation qui n’arrivera pas.
Un tempérament affirmé face à son maître
Vif, sûr de lui, jamais craintif, l’Appenzell a aussi du caractère au sens où l’entendent les éleveurs : il teste. Un jeune mâle vers quinze mois vérifie où sont les limites, et il le fait sans agressivité mais avec une belle constance. Les réponses molles ou variables produisent un chien qui décide seul.
L’éducation se joue sur la régularité et sur la clarté des règles, pas sur la force. Il apprend vite, retient longtemps et supporte mal l’injustice. La socialisation précoce aux inconnus mérite du temps : la méfiance envers l’étranger est dans le modèle, et un chiot qui ne rencontre personne entre huit et seize semaines devient un adulte difficile à gérer devant le facteur.
Besoins d’exercice au quotidien
Comptez deux heures d’activité par jour, dont une partie en liberté ou en longe sur un terrain varié. Ce chien monte, descend, saute les murets, se retourne à pleine vitesse : il a le physique d’un athlète de demi-fond, pas d’un marcheur de fond. Une sortie hygiénique de vingt minutes le matin et un tour de pâté de maisons le soir ne suffisent pas, et le chien le fera savoir sur le mobilier.
Avec les enfants de la maison, il est joueur et patient tant que le jeu reste cadré. Avec un chat déjà présent, la cohabitation se fait généralement bien si le chiot a grandi avec lui. Avec un chien inconnu du même sexe, un mâle adulte peut se montrer entier.
Santé et dépistages
La race est saine dans l’ensemble, sans tare de conformation ni excès de type. Les points suivis par les clubs sont classiques chez un chien de travail de ce format : la dysplasie coxo-fémorale, lue sur radiographie officielle et cotée de A à E, la dysplasie du coude, et les affections oculaires héréditaires que dépiste un examen chez un vétérinaire ophtalmologiste agréé. Demandez les résultats des deux parents, pas seulement du père.
Le poil court ne réclame qu’un brossage hebdomadaire, davantage pendant les deux mues annuelles où le sous-poil part en abondance. Pas de toilettage, pas de tonte, pas de démêlage. Les oreilles tombantes, en revanche, se contrôlent après chaque baignade et après les sorties en forêt, où les épillets s’y logent volontiers au début de l’été. Les griffes s’usent seules chez un chien qui travaille sur terrain dur, beaucoup moins chez un chien de ville, où elles se coupent toutes les trois à quatre semaines.
Ce que coûte un Bouvier d’Appenzell
Le prix d’achat d’un chiot inscrit au livre des origines dépend surtout de la rareté : peu de portées, une demande régulière, et souvent un déplacement en Suisse ou en Allemagne pour trouver le bon élevage. Le tarif pratiqué se situe dans la fourchette haute des chiens de taille moyenne, et il inclut normalement l’identification, la primovaccination et le certificat vétérinaire de bonne santé.
Le coût de fonctionnement, lui, reste modéré pour un chien de 25 à 30 kg : pas de toilettage, un poil qui n’attrape ni la boue ni les nœuds, une race saine qui fréquente peu la clinique avant l’âge mûr. Les postes réels sont l’alimentation, les antiparasitaires et l’assurance. Sur la durée de vie d’un chien, ce sont les frais de garde pendant les vacances qui pèsent le plus lourd chez les propriétaires de cette race, parce qu’un Appenzell placé en pension sans occupation aboie et se fait remarquer.
Un point pratique pour finir. Le club suisse de la race et la Société centrale canine tiennent à jour les listes d’affixes actifs : c’est par là qu’il faut commencer, en demandant systématiquement à voir la mère avec la portée et les résultats de radiographie des deux parents avant de verser une réservation.
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