Bouvier Bernois : le poil long des quatre bouviers suisses
Le Bouvier Bernois est le seul des quatre bouviers suisses à porter le poil long. C’est ce qui l’a rendu populaire bien au-delà de son canton d’origine, et c’est aussi ce qui trompe les acheteurs : sous la fourrure tricolore d’un gros nounours se trouve un chien de ferme de 50 kg, lent à mûrir, et dont la longévité est la plus courte de tout le groupe.
Le chien de ferme du Mittelland bernois
Son berceau est la campagne autour de Berne, plus précisément la région de Dürrbach, près de Riggisberg, d’où lui vient son ancien nom de Dürrbächler. Les paysans l’employaient à trois choses : conduire quelques vaches, garder la cour et surtout tirer la charrette du laitier ou du fromager jusqu’au village. Le trait est resté dans son modèle, avec un avant-main large et des épaules bien couchées.
À la fin du XIXe siècle, la race avait presque disparu au profit de saint-bernards et de chiens importés. Elle doit sa survie à un aubergiste, Franz Schertenleib, qui parcourut les fermes pour retrouver des sujets typés, puis au professeur Albert Heim, cynologue zurichois qui donna leur cadre aux quatre bouviers suisses. Le standard porte aujourd’hui le numéro 45 de la Fédération cynologique internationale, groupe 2, section 3, celle des chiens de montagne et de bouvier suisses.
Ce que demande le standard n° 45
Le mâle mesure de 64 à 70 cm au garrot, la femelle de 58 à 66 cm. Les poids réels vont d’environ 38 à 50 kg, avec un dimorphisme sexuel bien marqué : une femelle de Bernois reste nettement plus légère qu’un mâle, et c’est souvent le meilleur choix pour un premier chien de ce gabarit.
La robe ne souffre aucune fantaisie. Fond noir de jais, marques feu au-dessus des yeux, aux joues, sur les côtés du poitrail, aux quatre membres et sous la queue. Blanc sur la tête en liste symétrique, sur le poitrail en croix, à l’extrémité des pieds et au bout de la queue. Le poil long est brillant et se plaque peu, avec des franges aux membres et à la queue.

Un tempérament calme qui met du temps à venir
Le caractère de la race est posé, sûr de lui, sans nervosité ni agressivité. Il aboie peu, il tolère bien les enfants et les autres animaux, il accueille les visiteurs sans excès. Voilà pour l’adulte.
Le chiot, lui, est bruyant, maladroit et lourd très tôt. Un jeune Bernois de six mois pèse déjà 30 kg et n’a aucun contrôle de son corps. La maturité mentale n’arrive pas avant deux ans, parfois deux ans et demi. Beaucoup de familles achètent la photo de l’adulte endormi devant la cheminée et se retrouvent dix-huit mois avec un adolescent de 40 kg qui saute sur les invités. Il faut prévoir cette période, pas la subir.
Croissance : les deux premières années décident du reste
Sur un chien qui multiplie son poids de naissance par soixante, la conduite de la croissance pèse plus lourd que la génétique dans l’apparition des boiteries de jeunesse. Trois règles font consensus chez les éleveurs de la race : ne pas suralimenter en protéines et en calcium, ne pas complémenter un aliment déjà équilibré et ne pas forcer l’exercice.
Concrètement, pas d’escalier à répétition avant six mois, pas de course à côté du vélo avant douze à quinze mois, pas de sauts d’agility avant que les cartilages de croissance ne soient fermés. Les promenades sont fractionnées : plusieurs sorties courtes valent mieux qu’une randonnée de trois heures. Un jeune Bernois ne dit jamais qu’il est fatigué, il suit jusqu’à l’épuisement.
Une espérance de vie qui reste le point noir
La race vit en moyenne 7 à 8 ans, parfois jusqu’à 10, ce qui est court même pour un chien de ce format. À la mortalité par tumeur s’ajoutent la dysplasie coxo-fémorale et la dysplasie du coude, toutes deux dépistables par radiographie officielle avec une cotation de A à E pour les hanches, ainsi que le syndrome de dilatation-torsion de l’estomac, urgence chirurgicale qui menace tous les grands chiens à poitrine profonde.
Demander les résultats de dépistage des deux parents n’a rien d’une exigence excessive : hanches, coudes et examen oculaire annuel sont la base. Les avis divergent en revanche sur l’intérêt de la gastropexie préventive, l’intervention qui fixe l’estomac à la paroi : certains vétérinaires la proposent lors de la stérilisation, d’autres la réservent aux lignées touchées.
Poil, chaleur et budget réel
Le poil long ne feutre pas comme celui d’un colley, mais il retient tout : épillets, boue, neige agglomérée entre les coussinets. Deux brossages par semaine hors mue, tous les jours pendant les deux mues annuelles, et un contrôle des culottes et des franges après chaque sortie en herbe haute. Aucune tonte, jamais : la double fourrure protège aussi de la chaleur.
La chaleur est justement sa limite. Au-delà de 22 ou 23 degrés, un Bernois adulte se met à l’ombre et refuse la marche. En été, les sorties se font tôt le matin et tard le soir, et une maison sans coin frais est un vrai problème pour lui. Côté budget, comptez le prix d’achat d’un chiot inscrit au livre des origines, entre 1200 et 1800 euros selon l’élevage, puis une alimentation de grand chien, des doses de traitement antiparasitaire calculées sur 45 kg et une assurance dont les cotisations grimpent vite sur une race à risque tumoral. C’est un chien dont le coût annuel réel se rapproche de celui d’un dogue, pas d’un chien de taille moyenne.
Le Bernois convient-il à votre maison ?
Trois configurations posent problème. Un appartement en étage sans ascenseur d’abord : monter et descendre plusieurs fois par jour use les hanches d’un chien de 45 kg, et le porter n’est pas une option. Une région chaude ensuite, pour les raisons déjà dites. Enfin une maison vide toute la journée : la race supporte assez bien la solitude à l’âge adulte, beaucoup moins entre trois et douze mois, période où l’anxiété de séparation s’installe vite chez un chiot très lié à ses maîtres.
À l’inverse, une maison avec un jardin clos, un climat tempéré et quelqu’un qui rentre le midi donnent un chien facile à vivre, calme en intérieur, content d’une promenade d’une heure et demie répartie sur la journée. Le Bernois n’a pas besoin de sport intensif : il a besoin de présence, de fraîcheur et d’un sol qui ne glisse pas. Un parquet ciré ou un carrelage lisse fait déraper un chiot lourd et favorise les mauvaises postures, d’où l’intérêt des tapis dans les couloirs qu’il emprunte le plus.
Dernier repère concret pour ceux qui hésitent encore : un Bouvier Bernois perd du poil toute l’année, en plus des deux mues. Si personne dans la maison ne supporte les poils noirs sur les vêtements sombres, le sujet est réglé avant même de parler de caractère.
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