Border Collie : deux heures d’activité par jour, pas seulement de la course
Un Border Collie qui travaille se couche, fixe le troupeau, avance de trois pas, s’arrête. Cette posture porte un nom chez les bergers britanniques : l’œil. C’est elle que la race a été construite pour produire, et elle explique à peu près tout le reste, y compris les difficultés que rencontrent les familles qui adoptent ce chien pour son intelligence sans mesurer ce qu’elles devront en faire.
Des collines frontalières entre l’Écosse et l’Angleterre
Le nom dit l’origine : les Borders, cette zone de collines à cheval sur la frontière anglo-écossaise où les bergers ont sélectionné, pendant des siècles, des chiens jugés sur un seul critère, leur capacité à conduire des moutons sur des terrains ouverts et accidentés. Le morphotype n’entrait pas en ligne de compte.
La race moderne descend très largement d’un chien né en 1893, Old Hemp, un mâle tricolore du Northumberland qui travaillait sans aboyer, en silence, par la seule pression du regard. Il a été massivement utilisé comme reproducteur et son style s’est imposé. L’International Sheep Dog Society, fondée peu après, tient depuis un registre fondé sur les performances de conduite. La FCI reconnaît le Border Collie dans le groupe 1, section des chiens de berger, avec la Grande-Bretagne pour pays d’origine.
Ce que veut dire « intelligent » chez cette race
Le Border Collie apprend un signal en quelques répétitions et retient des dizaines de mots. Cette facilité a une contrepartie que peu de vendeurs expliquent : il apprend aussi vite les choses qu’on ne veut pas lui apprendre. Trois semaines suffisent pour qu’il associe le bruit du trousseau de clés à la sortie, la voiture des voisins à une poursuite, le vélo des enfants à un ordre de rassemblement.
Un chien de troupeau privé de troupeau reporte son comportement de conduite sur ce qui bouge : voitures, joggeurs, poussettes, enfants qui courent au jardin. Ce n’est ni de l’agressivité ni un défaut de caractère, c’est le programme de la race qui tourne à vide. La solution n’est pas de réprimer, elle est de donner au chien une occupation qui utilise le même circuit.

Occuper un Border Collie au quotidien
Deux heures d’activité par jour est un ordre de grandeur réaliste pour un adulte, dont une bonne part de travail mental. La course seule ne suffit pas : un Border qu’on épuise physiquement devient un athlète endurant qui réclame davantage le lendemain. L’objectif est de le faire réfléchir, pas de le vider.
Le troupeau reste l’activité qui lui correspond le mieux, et des séances d’initiation existent dans plusieurs régions pour des chiens de particuliers. À défaut, l’agility, l’obéissance, le pistage, le cavage, le treibball ou simplement des jeux de recherche d’objets dans la maison remplissent leur rôle. Une séance de vingt minutes de travail olfactif fatigue davantage qu’une heure de balle lancée.
Le chien en famille
Sensible, attaché à une ou deux personnes, souvent réservé avec les inconnus, le Border Collie n’est pas le chien démonstratif que son image d’ambassadeur du dressage laisse croire. Il observe, anticipe, réagit au ton de la voix plus qu’aux mots. Les maisons bruyantes et désordonnées le mettent mal à l’aise.
Avec les enfants, tout dépend du travail de socialisation et de la gestion des courses au jardin. Il faut apprendre très tôt au chiot que les enfants qui courent ne sont pas un troupeau, et aux enfants qu’un chien couché a le droit qu’on le laisse tranquille. Certains sujets sont sensibles au bruit, l’orage ou les pétards suffisant à déclencher des crises de panique.
Standard et apparence
La taille idéale tourne autour de 53 centimètres au garrot pour les mâles, un peu moins pour les femelles, et le poids se situe le plus souvent entre 14 et 22 kilos. La construction est légère, souple, rien à voir avec la lourdeur d’un chien de garde.
Deux variétés de poil coexistent : modérément long, avec collerette et culottes, ou court sur tout le corps. Les robes sont nombreuses, du classique noir et blanc au bleu merle, au rouge, au tricolore ou au bringé, le blanc ne devant jamais dominer. Les yeux sont ovales, marron le plus souvent, bleus ou vairons chez les sujets merle.
Dépistages génétiques à exiger
C’est le point sur lequel un éleveur sérieux se distingue en trois minutes. Plusieurs tests ADN existent chez cette race, et un naisseur consciencieux vous tend les résultats des deux parents sans qu’on les lui demande : l’anomalie de l’œil du Colley, la céroïde-lipofuscinose neuronale, le syndrome du neutrophile piégé, la mutation MDR1 qui rend certains antiparasitaires et anesthésiques toxiques, ainsi que le syndrome d’Imerslund-Grasbeck. Un simple prélèvement buccal donne le statut du chien à vie.
À cela s’ajoutent la radiographie des hanches cotée de A à E, celle des coudes, et un examen ophtalmologique. L’épilepsie idiopathique existe dans certaines lignées : elle ne se dépiste pas par test, seule la transparence de l’éleveur sur ses chiens permet d’en parler honnêtement. L’espérance de vie du Border Collie est confortable, souvent de 12 à 15 ans.
Entretien
Un brossage hebdomadaire suffit hors période de mue, à doubler ou tripler au printemps et à l’automne quand le sous-poil part. Le poil de couverture est autonettoyant : la boue sèche tombe seule et les bains fréquents sont contre-productifs. Surveillez les espaces entre les coussinets chez un chien qui court en campagne, les épillets s’y logent dès le mois de mai.
Les oreilles semi-dressées se nettoient une fois par mois, les griffes se coupent toutes les trois à quatre semaines chez un chien qui marche surtout sur l’herbe. Le tartre s’installe tôt chez cette race fine de mâchoire : un brossage dentaire deux à trois fois par semaine repousse de plusieurs années le premier détartrage sous anesthésie.
Prix et choix du chiot
Un chiot issu d’un élevage déclaré, avec parents testés et inscription au LOF, se situe généralement entre 800 et 1 500 euros. Le chiffre varie selon les dépistages réalisés, les titres des parents et la région. Les annonces bien moins chères correspondent presque toujours à des portées sans test, dont le coût réel apparaîtra plus tard chez le vétérinaire.
Dernier conseil, le plus utile : un Border Collie adulte en refuge, souvent restitué vers deux ans par une famille dépassée, est un excellent choix pour qui connaît la race. Son caractère est déjà lisible, ses besoins aussi, et beaucoup de ces chiens n’ont manqué que d’un travail à faire.
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