Coonhound Noir et Tan : le chien d’arbre américain à la voix qui porte
Le Coonhound Noir et Tan chasse le raton laveur à la voix, de nuit, dans les bois du sud des États-Unis. Tout chez lui découle de ce travail : les oreilles longues qui ramènent les odeurs vers la truffe, le fouet porté haut, la robe noire marquée de feu qui l’identifie au faisceau d’une lampe, et surtout cet aboiement modulé que le chasseur suit à l’oreille pendant des kilomètres. En France, la race reste rare. Elle mérite mieux qu’une curiosité, mais elle ne convient pas à n’importe quel foyer.
Du Saint-Hubert au chien d’arbre américain
Les colons anglais et français ont emmené leurs chiens courants en Amérique du Nord. Le Saint-Hubert, ou Bloodhound, y a croisé le Foxhound anglais, puis les éleveurs des Appalaches ont sélectionné pendant plusieurs générations un chien capable de suivre une piste froide sur sol difficile puis de tenir le gibier au pied d’un arbre en donnant de la voix jusqu’à l’arrivée du chasseur. C’est ce qu’on appelle un chien d’arbre, un treeing hound. Le Noir et Tan est le premier des six Coonhounds américains à avoir été reconnu comme race à part entière, au XXe siècle.
Le poids du Saint-Hubert se lit encore dans la tête : peau souple, babines tombantes, expression grave, oreilles très longues attachées bas. Le Foxhound a apporté la légèreté du galop et l’endurance. La FCI classe la race dans le groupe 6, celui des chiens courants et des chiens de recherche au sang.
Taille, robe et allure
C’est un grand chien. Les mâles mesurent en général entre 63 et 69 centimètres au garrot, les femelles entre 58 et 63. Le poids suit la charpente et l’état d’entretien : de 25 kilos pour une femelle sèche de lignée de chasse à plus de 40 pour un mâle lourd. La différence de gabarit entre les deux sexes se voit à l’œil nu.
La robe ne laisse aucune place à l’interprétation : noir de jais, avec des marques feu bien délimitées au-dessus des yeux, sur les joues, le poitrail, les membres et sous le fouet. Le poil est court, dense, plaqué. Il salit peu et sèche vite, ce qui arrange après une sortie en sous-bois humide.

La voix, ce qu’il faut savoir avant d’adopter
Un Coonhound ne jappe pas : il donne de la voix. Un son long, grave, porté, conçu pour traverser une forêt et rester audible à plus d’un kilomètre. C’est la première cause de restitution en refuge aux États-Unis. En pavillon mitoyen ou en appartement, la question se pose avant l’achat du chiot, pas après la troisième lettre du syndic.
On peut réduire la fréquence par l’éducation et par la dépense physique. On ne supprime pas le comportement, il fait partie de la race au même titre que le nez. Quiconque a besoin d’un chien discret doit regarder ailleurs.
Caractère à la maison
Hors chasse, c’est un chien calme, lent à s’énerver, tolérant avec les enfants et sociable avec ses congénères. La vie en meute a sélectionné des individus qui supportent la promiscuité canine. Il dort beaucoup, s’installe volontiers sur le canapé et râle en dormant.
Le revers : une obstination tranquille. Il ne s’oppose pas frontalement, il fait autre chose. L’éducation demande de la constance et des récompenses alimentaires, jamais de la contrainte, qui le fait se fermer. La sensibilité de ces chiens courants surprend souvent les propriétaires qui attendaient un caractère dur derrière ce format.
Dépense physique réelle
Deux sorties d’une heure par jour sont un minimum, dont une en terrain varié où il peut suivre des odeurs à son rythme. Le jogging lui convient à partir de 18 mois, une fois les cartilages de croissance fermés. Un Coonhound sous-employé grossit vite et développe des comportements de destruction ou des hurlements d’ennui.
Les activités de nez lui vont bien mieux que l’obéissance de compétition : pistage, recherche utilitaire, mantrailing. Une demi-heure de travail olfactif fatigue un chien courant autant qu’une heure de course.
Cohabitation avec les autres animaux
Avec un autre chien, l’entente est la règle plus que l’exception : la sélection en meute a éliminé les individus agressifs envers leurs congénères. Avec un chat de la maison, l’affaire se joue tôt, pendant la période de socialisation du chiot, entre trois et seize semaines. Un Coonhound élevé avec un chat le laisse tranquille toute sa vie. Le même chien poursuivra le chat du voisin qui traverse le jardin, parce qu’il ne s’agit pas du même apprentissage.
Les rongeurs, lapins et volailles posent un problème plus net. L’instinct de poursuite reste entier chez un chien sélectionné pendant deux siècles pour traquer un animal à fourrure. Une basse-cour et un Coonhound cohabitent derrière un grillage, pas en confiance.
Santé
La dysplasie coxo-fémorale touche les grandes races courantes ; les reproducteurs se radiographient et se lisent avec la cotation A à E, A étant un stade indemne. La dysplasie du coude se dépiste de la même façon. Les otites externes récidivantes sont le motif de consultation le plus fréquent chez ce type de chien.
Comme chez tous les grands chiens à poitrine profonde, le syndrome dilatation-torsion de l’estomac est une urgence vitale : abdomen tendu, tentatives de vomissement improductives, abattement brutal. Il faut partir chez le vétérinaire immédiatement, pas attendre le lendemain matin. Fractionner les repas et éviter l’exercice dans l’heure qui suit le repas réduit le risque sans l’annuler. L’espérance de vie tourne autour de 10 à 12 ans.
Entretien et budget
Le poil court se contente d’un gant de caoutchouc une fois par semaine. Pas de toilettage professionnel, pas de tonte, pas de démêlage : sur ce plan, la race coûte peu. Les griffes poussent vite chez un chien qui court sur sol souple, à couper toutes les trois semaines.
Le poste le plus lourd reste l’alimentation d’un chien de 35 kilos actif, auquel s’ajoutent les vaccins, l’antiparasitaire mensuel et la stérilisation éventuelle. Une assurance santé se justifie pour un format qui cumule risque digestif et risque articulaire.
En trouver un en France
Le Coonhound Noir et Tan reste confidentiel dans l’Hexagone et les naissances inscrites au LOF se comptent chaque année sur les doigts d’une main. La plupart des acquéreurs français passent par un élevage belge, allemand ou nord-américain, avec les délais et les formalités d’importation que cela suppose. Vérifiez l’identification, le passeport européen, la vaccination antirabique si le chiot vient de l’étranger et demandez les résultats de radiographie des hanches des deux parents. Un éleveur qui chasse avec ses chiens saura vous dire ce que donne sa lignée sur le terrain : c’est l’information la plus utile que vous obtiendrez.
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