Épilepsie du chien : reconnaître une crise et réagir vite
La première crise arrive presque toujours de la même façon : la nuit, sans prévenir, sur un chien jeune et en bonne santé apparente. Le propriétaire entend un bruit, allume, et trouve son chien couché sur le flanc, les membres raides, qui pédale, salive et se vide parfois. Ça dure une minute, parfois deux. Ça paraît interminable. Savoir ce qu’il faut faire pendant ces deux minutes change la suite, et savoir ce qu’il ne faut surtout pas faire encore plus.
Ce qui se passe dans le cerveau
Une crise convulsive est une décharge électrique anormale et synchronisée d’un groupe de neurones. L’équilibre entre les signaux excitateurs et les signaux inhibiteurs se rompt, et l’activité se propage. Quand elle reste localisée, on parle de crise focale : le chien peut simplement claquer des mâchoires, avoir un tremblement d’une patte ou fixer le vide. Quand elle gagne les deux hémisphères, la crise devient généralisée, avec perte de conscience et convulsions de tout le corps.
Le mot épilepsie ne s’applique pas à une crise isolée. Il désigne la répétition de crises non provoquées. Un chien qui convulse une fois après une intoxication n’est pas épileptique : il a fait une crise réactionnelle. La distinction n’est pas de la sémantique, elle décide du bilan à faire et du traitement.
Que faire pendant la crise
Regardez l’heure. C’est le premier geste, et celui qu’on oublie systématiquement parce qu’on panique. La durée de la crise est l’information qui décidera si vous partez aux urgences ou si vous attendez le lendemain matin. Une crise vécue de l’intérieur paraît toujours trois fois plus longue qu’elle ne l’est.
Ne mettez jamais la main ni un objet dans la gueule du chien. Il n’avalera pas sa langue, c’est une idée fausse héritée de croyances sur l’épilepsie humaine, et vous risquez une morsure sévère : le chien n’est pas conscient, il ne vous reconnaît pas. Écartez les meubles et les angles durs, glissez un coussin sous sa tête sans le maintenir, éteignez la lumière et la télévision, parlez peu et bas. Si vous le pouvez, filmez avec votre téléphone : cette vidéo vaudra plus pour le vétérinaire que dix minutes de description.
Après la crise, laissez le chien revenir à lui dans le calme. Il peut être désorienté, se cogner, ne pas vous reconnaître, marcher en cercle ou réclamer à manger avec insistance. Proposez de l’eau mais pas de nourriture tant qu’il titube. Cette phase de récupération est normale.
Idiopathique ou secondaire : la question du bilan
L’épilepsie idiopathique est la forme la plus fréquente chez le chien. Aucune lésion visible, une composante génétique établie dans plusieurs races, et un âge d’apparition qui se situe le plus souvent entre six mois et six ans. C’est un diagnostic d’exclusion : on la retient quand tout le reste a été écarté.
Les autres causes se répartissent entre les atteintes du cerveau lui-même et les causes extérieures. Du côté du cerveau : tumeur, séquelle de traumatisme crânien, encéphalite, malformation, accident vasculaire. Du côté extérieur : hypoglycémie, insuffisance hépatique et shunt porto-systémique chez le jeune chien, insuffisance rénale, intoxications. Une première crise chez un chien de plus de sept ans oriente fortement vers une cause lésionnelle et justifie un bilan poussé.
Ce bilan commence par un examen neurologique complet et une prise de sang large, incluant la glycémie, le bilan hépatique et rénal. Si ces examens ne montrent rien et que le tableau reste atypique, la suite passe par l’imagerie en résonance magnétique et une analyse du liquide céphalorachidien, dans un centre référé. Ces examens se font sous anesthésie et coûtent cher, ce qui explique qu’on les réserve aux situations où ils changeront la prise en charge.
Des races plus touchées que d’autres
La forme idiopathique est sur-représentée chez le Border Collie, le Berger Australien, le Berger Allemand, le Labrador, le Golden Retriever, le Beagle, l’Épagneul Breton et le Bouvier Bernois, entre autres. Chez certaines lignées de Border Collie, la maladie se déclare tôt et répond mal aux traitements, ce que les éleveurs sérieux connaissent et signalent.
Ce point mérite d’être dit franchement : un chien épileptique ne se reproduit pas. La tentation existe chez des propriétaires de chiens de travail de qualité dont les crises sont bien contrôlées, mais transmettre une prédisposition dans un cheptel déjà touché n’a pas de sens.
Les traitements et ce qu’on peut en attendre
On ne traite généralement pas une crise isolée. Le traitement de fond s’engage quand les crises se répètent, en pratique à partir d’une crise tous les mois ou deux, ou plus tôt en cas de crises groupées ou de crise très longue. La décision appartient au vétérinaire, sur la base du carnet de suivi que vous lui apportez.
Les molécules utilisées en médecine vétérinaire sont bien identifiées : le phénobarbital, longtemps le traitement de première intention, le bromure de potassium souvent associé, l’imépitoïne et le lévétiracétam. Le phénobarbital demande un dosage sanguin pour ajuster la posologie et une surveillance du foie, parce qu’il peut être hépatotoxique sur le long terme. Les premières semaines s’accompagnent souvent de somnolence, d’une augmentation de la soif et de l’appétit : ces effets s’atténuent généralement après quelques semaines d’adaptation.
L’objectif annoncé par les neurologues n’est pas la disparition des crises. C’est leur raréfaction et leur raccourcissement, avec une qualité de vie préservée entre les épisodes. Un traitement ne s’arrête jamais brutalement : l’arrêt soudain d’un antiépileptique peut déclencher une série de crises graves. Cette règle vaut aussi le jour où vous oubliez une prise en vacances.
Vivre avec un chien épileptique
La contrainte principale est l’horaire. Les antiépileptiques se donnent à heure fixe, toutes les douze heures pour la plupart, et le décalage répété réduit leur efficacité. Une alarme sur le téléphone règle le problème mieux que la bonne volonté. Prévoyez aussi une avance de comprimés : une rupture de traitement un dimanche soir n’est pas anodine.
Certains vétérinaires proposent une alimentation enrichie en triglycérides à chaîne moyenne en complément du traitement médical, avec des résultats variables selon les chiens. Discutez-en plutôt que de changer l’alimentation de votre propre initiative. Évitez les facteurs déclenchants repérés dans votre carnet : chez certains chiens ce sont les fortes chaleurs, chez d’autres un stress particulier ou un manque de sommeil.
Un chien épileptique dont les crises sont contrôlées mène une vie normale : il court, il joue, il part en vacances. Demandez à votre vétérinaire de vous prescrire du diazépam par voie rectale à garder à la maison, avec une démonstration du geste. Le jour où une crise dépasse la durée habituelle, c’est ce tube qui vous fera gagner le temps du trajet.
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