Quels chiens bavent le plus ? Le classement par niveau de salivation
Un Saint-Bernard adulte peut laisser une flaque de salive de la taille d’une assiette au pied de la table pendant que vous dînez. Un Caniche, dans la même situation, ne laissera rien du tout. Entre les deux, il existe toute une gradation que les éleveurs connaissent bien et dont on parle rarement avant l’adoption, alors qu’elle change la vie quotidienne d’un foyer.
La salive n’est pas un détail cosmétique. Elle tache les murs à hauteur de museau, elle imprègne les tissus, elle attire les mouches en été et elle transporte l’allergène majeur du chien. Savoir où se situe une race sur cette échelle vaut mieux que de le découvrir le jour où le chiot arrive.
Pourquoi certains chiens bavent et d’autres non
Tout se joue dans la forme de la lèvre. Un chien dont la babine supérieure retombe largement au-delà de la mâchoire inférieure forme une poche, et cette poche ne retient rien. La salive s’y accumule, déborde par les commissures, puis part au sol ou sur votre pantalon. Les cynologues parlent de lèvres lippues ou pendantes. Chez un Border Collie ou un Berger Belge, la lèvre est sèche et jointive : la salive reste dans la bouche et part avec la déglutition.
Le second facteur est le volume. Un chien de soixante-dix kilos produit mécaniquement plus de salive qu’un chien de quatre kilos, à densité de glandes équivalente. Additionnez une grande taille et une babine tombante et vous obtenez les champions incontestés de la catégorie.
Le troisième facteur est la forme du crâne. Les races brachycéphales, museau écrasé, ont souvent un palais mou trop long et une déglutition moins efficace. Le Bouledogue Anglais et le Carlin bavent moins par la lèvre que par difficulté à avaler proprement, surtout après un effort ou par forte chaleur.
Les grands baveurs
En tête de classement, on trouve les molossoïdes et les chiens de montagne. Le Saint-Bernard, le Terre-Neuve, le Dogue de Bordeaux, le Mastiff, le Bullmastiff et le Dogue Allemand forment le peloton. Le Chien de Saint-Hubert, notre Bloodhound, y figure aussi : sa peau lâche et ses babines profondes en font une fontaine ambulante dès qu’il se secoue.
Chez ces races, la bave n’est pas un accident, c’est un état permanent. Elle augmente à trois moments précis : à l’approche du repas, après l’effort et par temps chaud, quand le chien halète bouche ouverte. Les propriétaires de Terre-Neuve gardent une serviette dans chaque pièce et une autre dans la voiture. Ce n’est pas une coquetterie, c’est la seule méthode qui fonctionne.
Il faut ajouter une conséquence dont on parle peu : le secouement de tête. Un Mastiff qui s’ébroue projette la salive sur trois mètres, plafond compris. Les taches sèchent en auréoles jaunâtres sur la peinture claire. Les foyers qui accueillent ce type de chien finissent tous par choisir des peintures lessivables dans les pièces de vie.
Le milieu de tableau
Le Boxer, le Bouvier Bernois, le Rottweiler, le Braque de Weimar et le Labrador se situent dans une zone intermédiaire. Ils ne bavent pas en continu mais ils marquent nettement au moment de la gamelle, en voiture et pendant les fortes chaleurs. Un Labrador qui vous regarde manger produit une salive claire et filante qui atteint le carrelage avant que vous ayez fini votre entrée.
Cette catégorie est celle des mauvaises surprises. L’acheteur s’attend à un chien propre parce que la race n’a pas la réputation d’un Saint-Bernard, et il découvre un chien qui salit quand même, de façon ponctuelle mais régulière. Le mal des transports est le déclencheur le plus fréquent chez le jeune chien : la salivation précède le vomissement de plusieurs minutes et sert d’avertissement.
Les races à salivation très faible
À l’autre extrémité, on trouve les chiens à lèvre sèche et à petit gabarit. Le Caniche sous toutes ses tailles, le Bichon Frisé, le Shih Tzu, le Yorkshire Terrier, le Chihuahua, le Schnauzer, le Border Collie, le Berger Australien et les Spitz allemands laissent une maison propre. Le Basenji est probablement le plus sec de tous.
Attention à une confusion très répandue, y compris chez des vendeurs : un chien qui bave peu n’est pas un chien hypoallergénique. L’allergène principal du chien, la protéine Can f 1, se trouve justement dans la salive et les squames. Un Caniche en produit comme les autres. S’il est mieux toléré par certains allergiques, c’est parce qu’il perd peu de poils morts et disperse donc moins de squames dans l’air, pas parce que sa salive serait différente. Aucune race n’est réellement hypoallergénique, et les allergologues le répètent sans être beaucoup écoutés.
Quand la bave devient un signal d’alerte
Une salivation qui apparaît brutalement chez un chien qui ne bavait pas mérite un examen. La liste des causes est longue mais quelques-unes reviennent tout le temps.
La bouche d’abord. Tartre, gingivite, dent fracturée, morceau de bois coincé en travers du palais entre les deux arcades : ce dernier cas est classique chez les chiens qui rapportent des bâtons, et le seul symptôme visible est une salivation abondante avec des mouvements de mâchoire. Soulevez la babine et regardez, vous trouverez peut-être la réponse en dix secondes.
Les toxiques ensuite. La chenille processionnaire du pin déclenche une hypersalivation immédiate et une langue qui gonfle : c’est une urgence, la nécrose de la langue survient en quelques heures. Certains crapauds, les produits ménagers, les antiparasitaires pour chat à base de perméthrine appliqués par erreur sur un chien provoquent le même signe.
La torsion d’estomac enfin, chez les grandes races à poitrine profonde. Le chien salive, tente de vomir sans rien produire, s’agite, et l’abdomen se tend. Le pronostic se joue en heures. Les mêmes races qui bavent le plus sont aussi celles qui torsadent le plus, ce qui rend la lecture du symptôme délicate : il faut se fier au changement de rythme, pas au volume.
Vivre avec un chien qui bave
Rien ne réduit durablement la salivation d’un chien correctement conformé, et les prétendus remèdes n’en sont pas. Ce qui marche relève de l’organisation. Une gamelle posée sur un tapis lavable plutôt que sur le parquet. Un bol d’eau large et stable, changé souvent, parce qu’un chien à grandes babines remplit son eau de bave en buvant. Un tissu absorbant au niveau du canapé si le chien y monte. Des trajets en voiture avec une couverture sur la banquette et une fenêtre entrouverte.
Le brossage de dents change aussi les choses, plus qu’on ne l’imagine. Une bouche saine produit une salive fluide et peu odorante ; une bouche chargée de tartre produit une salive épaisse qui sent fort et qui colle. Deux à trois brossages par semaine à la brosse à doigt suffisent à faire la différence sur l’odeur ambiante de la maison.
Le classement en un coup d’œil
| Niveau | Races typiques | Ce que ça change chez vous |
| Très élevé | Saint-Bernard, Terre-Neuve, Mastiff, Dogue de Bordeaux, Chien de Saint-Hubert | Serviette dans chaque pièce, murs lessivables |
| Élevé | Dogue Allemand, Bullmastiff, Boxer, Bouledogue Anglais | Bave au repas, à l’effort et par forte chaleur |
| Modéré | Labrador, Rottweiler, Bouvier Bernois, Braque de Weimar, Basset Hound | Marquage ponctuel autour de la gamelle et en voiture |
| Faible | Berger Allemand, Border Collie, Berger Australien, Beagle, Cocker | Salive visible seulement en excitation forte |
| Très faible | Caniche, Bichon Frisé, Shih Tzu, Yorkshire Terrier, Chihuahua, Basenji, Schnauzer | Aucune contrainte particulière |
Un dernier point pour ceux qui hésitent devant un croisé de refuge : regardez la lèvre plutôt que la fiche de race supposée. Si la babine supérieure dépasse la mâchoire inférieure quand le chien a la gueule fermée, vous aurez de la bave, quel que soit le nom qu’on a inscrit sur son carnet.
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