Griffon Bruxellois : le petit belge roux au museau plat

Griffon Bruxellois

Six kilos au maximum, une face aplatie, une barbe en broussaille et un regard qui donne l’impression que le chien comprend la conversation : le Griffon Bruxellois ne ressemble à aucun autre petit chien. Il porte le numéro 80 du standard international, dans le groupe 9 réservé aux chiens d’agrément, et il n’existe officiellement qu’en une seule couleur, le rouge.

Cette contrainte de robe est ce qui le sépare du Griffon Belge, son voisin immédiat, décliné en noir et en noir et feu. En dehors de la couleur, les deux standards décrivent le même animal. Beaucoup d’acheteurs découvrent cette subtilité au moment de remplir les papiers du chiot, alors qu’elle conditionne l’appellation inscrite au livre des origines.

Du rat d’écurie au tapis rouge

Bruxelles, milieu du dix-neuvième siècle. Les fiacres stationnent, les remises abritent du grain, et les rats prospèrent. Les cochers emploient de petits chiens hirsutes pour les tenir à distance. Ce sont ces ratiers de remise, connus localement sous le nom de smousje, qui forment le socle de la race.

L’introduction de sang de Carlin a raccourci la face et arrondi le crâne, celle de petits épagneuls a apporté la douceur d’expression et la couleur rouge intense recherchée. Le chien plaît, sort des écuries, entre dans les intérieurs bourgeois puis à la Cour. Les premiers exemplaires traversent la Manche à la fin du siècle et les éleveurs britanniques prennent le relais lorsque le cheptel continental s’effondre pendant les deux guerres.

Le grand public l’a redécouvert en 1997 avec le film de James L. Brooks « Pour le pire et pour le meilleur », où le chien Verdell tient un rôle à part entière. Les demandes ont explosé dans les mois qui ont suivi, avec les dérives d’élevage habituelles après un succès de cinéma.

Une robe rouge pour seule couleur

Le rouge du Griffon Bruxellois va d’un fauve chaud à un roux plus soutenu. Un peu de noir est admis à la barbe et à la moustache, sans plus. Toute autre couleur bascule le chiot dans la variété Griffon Belge, y compris s’il naît dans une portée de deux parents rouges.

Le poil est dur, sec, un peu ébouriffé, doublé d’un sous-poil. Il n’est pas censé être frisé ni laineux, ni surtout soyeux : un poil mou signale généralement un chien élevé à la tondeuse, ou une lignée qui s’éloigne du type. Le poil de la tête se travaille en couronne autour du museau, ce qui accentue l’expression.

Griffon Bruxellois roux à poil dur, museau court et grands yeux ronds, de face

La tête, pièce maîtresse du standard

Un juge regarde d’abord la tête. Elle doit être large, arrondie, avec un stop profondément creusé et un museau qui ne dépasse pas un centimètre et demi de long selon la description officielle. Le nez est noir, placé haut, sur la ligne des yeux. Le menton remonte et avance : les incisives du bas se placent devant celles du haut, sans que les dents ni la langue soient visibles bouche fermée.

Les yeux sont grands, ronds, très foncés, écartés, bordés de noir. Ce sont eux qui produisent cette expression presque humaine dont tout le monde parle, et ce sont aussi eux qui prennent les coups. Les oreilles, petites et portées haut, sont semi-dressées ; leur coupe est interdite en France depuis des décennies et un chien aux oreilles taillées est exclu des rings.

Le tempérament : présent, bavard, sensible

C’est un chien d’attention. Il observe, anticipe, se poste dans la pièce d’où il vous voit, et interprète les changements de routine à sa manière. Cette sensibilité en fait un compagnon très facile à motiver et très facile à froisser : une voix qui monte, une bousculade, et il se ferme pour la séance.

Il reste joueur toute sa vie, s’amuse d’un jouet pendant vingt minutes puis s’endort contre vous. Il alerte au bruit, souvent avec zèle. Face à un inconnu, la plupart des Bruxellois hésitent d’abord, puis reviennent d’eux-mêmes : forcer le contact est la meilleure façon d’obtenir un chien méfiant à l’âge adulte.

Vivre en appartement avec un Bruxellois

Le format se prête à la vie citadine, à condition d’accepter deux réalités. La première, ce sont les sorties : trois par jour, dont une vraie balade de trente à quarante minutes, parce qu’un petit chien qui ne sort que pour se soulager devient un petit chien qui hurle. La seconde, ce sont les escaliers et le canapé, qu’il faut lui interdire de sauter tant que la croissance n’est pas terminée, dos et rotules étant fragiles.

Il supporte mal les longues absences. Un foyer où personne ne rentre avant le soir n’est pas un bon terrain pour cette race, sauf à organiser un passage à la mi-journée. À l’inverse, il s’adapte très bien au télétravail, aux personnes âgées et aux logements de petite surface, du moment qu’on lui parle.

Santé : la respiration d’abord

Le museau court expose au syndrome obstructif des races brachycéphales. Les signes se lisent au repos : narines pincées qui s’aspirent à l’inspiration, bruit de gorge permanent, sommeil agité, langue qui bleuit à l’effort. Un chien touché ne « ronfle pas parce que c’est la race », il respire à travers un conduit rétréci et cela se corrige parfois chirurgicalement, sur les narines et le voile du palais.

Le test le plus simple avant d’acheter consiste à faire marcher le chien adulte, en pas soutenu, pendant plusieurs minutes, puis à écouter combien de temps il met à récupérer. Un reproducteur qui souffle pendant un quart d’heure ne devrait pas transmettre.

Les yeux saillants réclament la même vigilance : la moindre plaie de cornée se traite en urgence, et l’implantation anormale de cils frottant le globe se voit chez certaines lignées. On surveille par ailleurs les rotules chez le jeune et la dentition, très serrée dans une mâchoire courte, qui se détartre plus tôt que chez un chien standard.

Reproduction, rareté et prix

Les portées sont petites, généralement un à trois chiots, et la mise bas se termine souvent par une césarienne programmée en raison du volume crânien des nouveau-nés. Ces contraintes limitent le nombre de naissances annuelles et allongent les délais d’attente chez les éleveurs sérieux, y compris pour une simple option sur une portée à venir.

Le prix d’un chiot inscrit reflète cette réalité, ainsi que les frais vétérinaires engagés par l’éleveur. Demandez toujours à voir la mère avec la portée, les résultats des examens oculaires, et un mot écrit sur la respiration des parents. Une annonce très en dessous du marché, un chiot disponible immédiatement, un vendeur qui propose une livraison sur parking : ce sont les trois signaux d’un trafic venu d’Europe de l’Est, avec des chiots séparés trop tôt et souvent malades à l’arrivée.

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