Grand Anglo-Français Blanc et Noir : fiche complète du chien de meute
Trois races distinctes portent le nom de Grand Anglo-Français et la confusion est permanente, y compris chez des gens qui chassent. Celle dont il est question ici est le Grand Anglo-Français Blanc et Noir, un chien courant de meute taillé pour le grand gibier. Ses deux cousins, le Tricolore et le Blanc et Orange, partagent la même souche et le même format, pas la même robe ni les mêmes effectifs.
Autant le dire tout de suite : ce chien n’a pas été fabriqué pour vivre dans un pavillon. Il a été fabriqué pour courir un cerf ou un sanglier pendant des heures, en groupe, sous la voix d’un piqueux. Tout le reste de sa fiche découle de là.
Trois robes, trois standards, une même souche
Les Grands Anglo-Français appartiennent au groupe 6 de la FCI, celui des chiens courants et chiens de recherche au sang, section 1.1 réservée aux grands chiens courants. Le Blanc et Noir porte le standard n° 323, le Tricolore le n° 322 et le Blanc et Orange le n° 324. Trois numéros, trois populations séparées au livre des origines, même si l’œil non averti ne voit qu’un grand chien à oreilles tombantes.
Le Blanc et Noir est le plus répandu des trois. Le Blanc et Orange est confidentiel, au point que certaines années comptent une poignée d’inscriptions. Si un vendeur vous propose « un Grand Anglo-Français » sans préciser la variété, demandez le pedigree avant d’aller plus loin : la mention exacte y figure.
Du Bâtard Anglo-Saintongeois au chien d’aujourd’hui
La souche remonte au XIXe siècle. Des chasseurs français ont croisé leurs chiens de Saintonge avec des Foxhounds importés d’Angleterre, cherchant à greffer le train et la résistance britanniques sur le nez et la voix des courants français. Le produit s’est d’abord appelé Bâtard Anglo-Saintongeois, appellation qui dit assez bien l’état d’esprit de l’époque : on faisait des chiens pour la chasse, pas pour l’exposition.
Le nom de Grand Anglo-Français est venu plus tard, quand la Société de Vénerie a voulu mettre de l’ordre dans des meutes très hétérogènes. La reconnaissance officielle des trois variétés date du XXe siècle et le standard a été retouché depuis. Un point à retenir : cette race a été codifiée par des équipages de vénerie, pas par des éleveurs de compagnie, et cela s’entend encore dans la rédaction du standard, qui parle de qualités de chasse avant de parler d’esthétique.
Un grand courant de 60 à 70 cm au garrot
Le Blanc et Noir est un chien de grande taille, généralement compris entre 60 et 70 cm au garrot, les mâles se situant dans le haut de la fourchette. Le poids tourne autour de 30 à 35 kg pour un sujet en condition de travail. Un chien de meute qui rentre de saison est sec, les côtes se devinent, et c’est normal : un anglo-français gras est un anglo-français inutilisable.
La robe est blanche à manteau ou plages noires, avec des mouchetures fréquentes. Le poil est ras, dur au toucher, sans sous-poil épais. La tête est allongée, le crâne assez large, les oreilles attachées au niveau de la ligne de l’œil, souples et légèrement tournées. Le fouet est porté relevé sans être enroulé.
Le poil ras a une conséquence pratique que peu de gens anticipent : ce chien supporte mal le froid humide prolongé sans abri sec. Dans un chenil, il lui faut une niche isolée et de la paille, pas une simple dalle bétonnée.
Le tempérament, tel qu’il se vit
Ce chien est sociable avec ses congénères, ce qui n’a rien d’un hasard : un courant qui cherche la bagarre dans une meute de quarante chiens est écarté de la reproduction depuis des générations. Avec l’humain, il est cordial sans être collant. Il n’a pas la demande affective d’un Labrador et il ne cherche pas à vous plaire en permanence.
Son défaut, si l’on veut appeler cela un défaut, tient dans une phrase : il suit sa truffe. Une voie fraîche efface tout, y compris votre voix. Le rappel d’un Grand Anglo-Français en pleine forêt relève du vœu pieux, et les équipages ne s’y trompent pas puisqu’ils travaillent au son de la trompe et en groupe, pas au rappel individuel.
La voix est l’autre point à peser. Un courant donne de la voix sur la voie, longuement, et il le fait aussi dans un jardin quand un lapin passe le long du grillage. Les avis divergent chez les propriétaires : certains vivent très bien avec, d’autres ont fini par rendre le chien après quelques mois de plaintes du voisinage.
Éducation et besoins d’exercice
L’éducation de base s’obtient sans difficulté particulière : assis, marche en laisse, propreté. Ce chien apprend vite ce qui lui sert. La difficulté commence quand on lui demande d’obéir contre son instinct, en présence d’un gibier. Le travail du rappel doit commencer très tôt, au chenil comme au jardin, et se poursuivre toute la vie du chien avec des récompenses alimentaires de haute valeur.
Comptez deux heures d’activité réelle par jour pour un adulte non chassant : longue marche, course à côté d’un vélo, traction, pistage. Une sortie hygiénique de vingt minutes ne remplace rien. Les propriétaires qui s’en sortent le mieux sont ceux qui lui donnent un travail de substitution, cavage ou pistage, plutôt que ceux qui essaient de le fatiguer avec du lancer de balle.
Santé et points de vigilance
La race n’est pas connue pour un lot de tares héréditaires spectaculaires. Comme chez tous les grands chiens de travail, la dysplasie coxo-fémorale existe et se dépiste par radiographie officielle avec cotation de A à E : demandez les résultats des deux parents. L’otite est le motif de consultation le plus banal, conséquence directe d’oreilles tombantes qui ferment le conduit auditif. Un nettoyage hebdomadaire suffit à éviter la plupart des ennuis.
Les chiens qui chassent réellement cumulent une autre catégorie de problèmes, moins génétique et plus mécanique : plaies de ronces, coussinets ouverts, entorses, morsures de sanglier. Un équipage sérieux tient une pharmacie de terrain et sait poser un bandage compressif.
Prix, disponibilité et adoption
On ne trouve pas de Grand Anglo-Français Blanc et Noir dans une animalerie ni sur les grandes plateformes d’annonces généralistes. Les naissances viennent d’équipages de vénerie et de quelques éleveurs particuliers, souvent avec une liste d’attente et un entretien préalable : la plupart refusent de vendre un chiot à un foyer sans terrain ni pratique de la chasse. Le prix d’un chiot inscrit au LOF reste modéré au regard des races de compagnie à la mode, mais il varie beaucoup selon la réputation de la meute d’origine, et mieux vaut demander directement à l’éleveur que se fier à une fourchette lue en ligne.
La voie de la seconde chance existe aussi. Les équipages réforment chaque année des chiens de cinq à sept ans, en bonne santé, qui n’ont simplement plus le train nécessaire. Des associations spécialisées dans les chiens de chasse les placent. Un adulte réformé a l’avantage d’un caractère déjà lisible, et l’inconvénient d’un rappel jamais travaillé.
Questions fréquentes
Peut-il vivre en appartement ?
Non, sauf configuration très particulière avec un propriétaire qui court plusieurs heures par jour. La voix et le besoin de mouvement rendent l’expérience pénible pour le chien comme pour l’immeuble.
S’entend-il avec les chats ?
Rarement, et jamais par défaut. Un chiot élevé avec un chat de la maison peut l’accepter, mais l’instinct de poursuite reste actif envers tout félin inconnu qui détale.
Quelle différence avec le Grand Anglo-Français Tricolore ?
La robe, principalement : le Tricolore ajoute des marques feu à la base blanc et noir. Les effectifs du Tricolore sont plus élevés et le standard porte un autre numéro. Le tempérament et le format sont proches.
Est-il gardien ?
Il donne de la voix à l’approche, ce qui fait un signal d’alarme correct, mais il n’a aucune agressivité de défense. Un inconnu qui entre dans la cour sera accueilli, pas repoussé.
Repères de la race
| Groupe FCI | Groupe 6, section 1.1, standard n° 323 |
| Origine | France, souche Bâtard Anglo-Saintongeois du XIXe siècle |
| Taille au garrot | 60 à 70 cm environ |
| Poids | 30 à 35 kg selon l’état |
| Robe | Blanche à plages ou manteau noir, mouchetures fréquentes |
| Poil | Ras et dur, sans sous-poil épais |
| Fonction d’origine | Chasse en meute du grand gibier |
| Exercice quotidien | Deux heures d’activité réelle hors chasse |
| Dépistage à demander | Radiographie officielle des hanches, cotation A à E |
| Espérance de vie | 10 à 12 ans |
Un dernier repère pour situer la race : la clôture. Les éleveurs qui placent ces chiens dans des foyers non chassants imposent presque tous un grillage d’au moins un mètre quatre-vingts, enterré ou doublé d’une lisse basse. Un Blanc et Noir de deux ans passe une clôture d’un mètre vingt sans élan.
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