Chien d’eau espagnol : le poil cordé qu’on tond deux fois par an

Chien d’eau espagnol

Le Chien d’eau espagnol n’a pas été créé pour figurer sur une photo de canapé. Il vient des zones humides et des côtes de la péninsule ibérique, où il rassemblait les moutons et les chèvres en Andalousie, gardait le matériel des pêcheurs sur les quais et allait chercher dans l’eau ce que les hommes y laissaient tomber. Cette double casquette de berger et d’auxiliaire de pêche explique presque tout de son caractère actuel : un chien qui cherche du travail, qui surveille ce qui se passe autour de lui et qui déteste rester seul à ne rien faire.

En France, on le croise encore peu. Les naissances annuelles inscrites se comptent en dizaines, pas en centaines. C’est une race qui se choisit après avoir vu des adultes en vrai, pas sur une annonce.

Un poil qui ne se brosse pas

C’est le point qui surprend le plus les nouveaux propriétaires, et celui sur lequel les éleveurs insistent le plus. La toison du Chien d’eau espagnol est laineuse, frisée, et elle a la particularité de se feutrer naturellement en cordes si on la laisse pousser. Le standard demande d’ailleurs un poil laissé à l’état naturel, jamais démêlé, jamais mis en forme au ciseau.

Concrètement : vous ne brossez pas ce chien. Jamais. Passer une brosse dans une toison en train de se corder la casse et donne un résultat que personne ne rattrape avant la tonte suivante. Le travail consiste à séparer les cordes à la main quand elles se soudent entre elles, à surveiller les zones de frottement (aisselles, arrière des oreilles, base de la queue) et à tondre l’animal entièrement, à la même longueur partout, une à deux fois par an.

Cette tonte intégrale est une petite épreuve la première fois. Le chien ressort méconnaissable, parfois deux fois plus petit à l’œil. Comptez entre 50 et 80 euros chez un toiletteur selon la région et la taille de l’animal, et prévoyez de la faire à la sortie de l’hiver plutôt qu’en plein mois de janvier.

Bonne nouvelle en contrepartie : la mue est quasi inexistante. Le poil mort reste pris dans la toison au lieu de tapisser le canapé. Ce n’est pas pour autant un chien hypoallergénique, la notion n’existe pas, mais la quantité de poils qui circule dans la maison est sans commune mesure avec celle d’un Labrador.

Gabarit et robes du standard

C’est un chien de taille moyenne, plus compact qu’il n’y paraît sous sa toison. Les mâles mesurent entre 44 et 50 cm au garrot, les femelles entre 40 et 46 cm. Le poids suit : de 18 à 22 kg environ chez le mâle, de 14 à 18 kg chez la femelle. La différence entre les deux sexes est visible, plus que chez beaucoup de races de ce format.

Les robes admises sont unicolores en blanc, noir ou brun dans toutes ses nuances, ou bicolores associant le blanc à l’une des deux autres couleurs. Le tricolore et le noir et feu ne sont pas retenus par le standard. Le fouet est parfois naturellement court à la naissance, ce qui se rencontre régulièrement dans la race.

L’espérance de vie tourne autour de 12 à 14 ans, ce qui est correct pour ce gabarit. Beaucoup d’individus restent actifs très tard, à condition qu’on n’ait pas laissé le surpoids s’installer : c’est un chien qui prend facilement du gras quand son travail se limite à trois tours de pâté de maisons.

Chien d’eau espagnol brun et blanc au poil cordé, debout au bord de l’eau
La toison cordée du Chien d’eau espagnol, laissée à l’état naturel comme le demande le standard.

Un tempérament de chien de troupeau

On le vend souvent comme un joyeux nageur. Il l’est. Mais son fond de caractère est celui d’un chien de berger : attentif, réservé avec les inconnus, prompt à donner de la voix quand quelque chose bouge dans la rue. Un Chien d’eau espagnol mal socialisé devient méfiant, et cette méfiance ne se corrige pas facilement à l’âge adulte.

La fenêtre de socialisation des trois premiers mois compte donc double dans cette race. Il faut multiplier les rencontres calmes avec des adultes, des enfants, d’autres chiens, des environnements bruyants. Un éleveur sérieux commence ce travail avant le départ des chiots et vous le dira sans qu’on le lui demande.

Avec sa famille, c’est un chien démonstratif, très collant même, qui suit d’une pièce à l’autre. Il supporte mal la solitude prolongée. Huit heures seul à l’appartement cinq jours sur sept, ce n’est pas une race pour ce mode de vie, quoi qu’en dise l’annonce que vous êtes en train de lire.

Ce qu’il sait faire quand on lui donne un métier

Sa polyvalence n’est pas un argument commercial, elle se vérifie sur le terrain. On le retrouve en agility, en obérythmée, en pistage, en recherche de truffes dans certains élevages du sud, et en sauvetage aquatique où sa flottabilité et son goût pour l’eau font le reste. Des équipes cynophiles espagnoles l’emploient aussi en recherche de personnes.

Le rapport à l’eau est inné chez la plupart des sujets, mais pas chez tous. Un chiot qu’on a jeté à l’eau pour « voir s’il aime ça » peut développer une aversion durable. On entre avec lui dans une eau peu profonde, on le laisse entrer de lui-même, on joue avec un jouet flottant au bord avant d’aller plus loin.

Santé, dépistages et prix

La race reste globalement saine, avec quelques affections héréditaires connues et testables. La dysplasie coxo-fémorale est la première, avec sa cotation officielle de A à E : demandez les radiographies des deux parents. L’atrophie progressive de la rétine est présente dans la race, avec un test ADN de type prcd qui indique si un sujet est sain, porteur ou atteint. L’hypothyroïdie congénitale a également fait l’objet d’un test ADN mis au point spécifiquement pour cette race.

Comme chez beaucoup de chiens à oreilles tombantes et à poil épais qui vivent dans l’eau, les otites externes sont la plaie du quotidien. Un contrôle visuel hebdomadaire du conduit auditif et un nettoyage après les baignades évitent la majorité des consultations.

Côté budget, un chiot inscrit au LOF issu de parents testés se négocie généralement entre 1 200 et 1 800 euros en France, avec des écarts selon la notoriété de l’élevage et les titres des parents. Ajoutez le premier bilan vétérinaire, la stérilisation éventuelle et les tontes annuelles. Sur la durée de vie de l’animal, le poste toilettage pèse plus lourd que dans la plupart des races à poil court.

Dernier point pratique, souvent négligé : la toison cordée sèche lentement. Prévoyez une serviette en microfibre dans le coffre de la voiture et un tapis lavable près de la porte d’entrée, parce que ce chien rentrera mouillé une bonne partie de l’année.

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