Chien courant de montagne du Monténégro : le gonič noir et feu

Chien courant de montagne du Monténégro

Ce chien porte deux noms, et c’est la première chose à savoir avant de chercher un chiot. Longtemps appelé Chien Courant Yougoslave de Montagne, il a été rebaptisé Chien courant de montagne du Monténégro après la dissolution de la Yougoslavie, quand chaque république a récupéré ses races nationales. Dans son pays, on dit crnogorski planinski gonič. Les deux appellations désignent le même animal, et les annonces utilisent encore les deux.

C’est un chien noir et feu, de taille moyenne, né dans les massifs du Monténégro pour une chasse particulière : la menée en altitude, sur des pentes où un homme ne suit pas et où la neige tient une bonne partie de l’année.

Un physique dicté par la montagne

Le mâle mesure autour de 46 à 54 centimètres au garrot, la femelle quelques centimètres de moins, pour un poids de 20 à 25 kilos. La construction est solide sans être lourde, avec une poitrine ample qui laisse de la place aux poumons et des membres bien articulés. Un chien de montagne a besoin de souffle plus que de muscle apparent.

La robe est d’un noir profond avec des marques feu limitées : au-dessus des yeux, sur le museau, sur les membres et le poitrail. Une petite marque blanche au poitrail se rencontre et reste tolérée dans certaines interprétations du standard, mais les éleveurs monténégrins préfèrent le noir franc.

Le poil est court, épais, avec un sous-poil bien fourni. C’est ce sous-poil qui fait la différence : il isole du froid humide des hêtraies et sèche vite. Un chien de cette race dort volontiers dehors par température négative, ce qui n’autorise pas à le laisser au bout d’une chaîne toute l’année.

Chien courant de montagne du Monténégro noir et feu, arrêté sur une pente rocheuse
Noir profond, marques feu limitées : la robe imposée par le standard.

Ce que veut dire mener en altitude

Un chien courant de plaine travaille sur des distances longues mais à peu près plates. En montagne, la donne change. Le chien monte et descend des dénivelés de plusieurs centaines de mètres, la voie se disperse sur la roche, le vent tourne dans les combes. La sélection a donc favorisé la persévérance plutôt que la vitesse, et une voix qui porte assez pour être entendue d’une crête à l’autre.

La race chasse le lièvre, le renard, parfois le chevreuil et le sanglier selon les traditions locales. Sur gros gibier, elle travaille en groupe de deux ou trois chiens. Un point revient chez tous ceux qui l’utilisent : elle ne lâche pas. Un sujet lancé peut mener plusieurs heures sans revenir, et là où d’autres races abandonnent, celle-ci continue.

Cette qualité de chasse devient un problème pour un propriétaire de loisir. La ténacité ne se débranche pas. Un chien qui a pris une voie ne rentre pas parce qu’on l’appelle, il rentre quand il a fini.

Le caractère hors du terrain

Les descriptions monténégrines insistent sur un tempérament posé. C’est un chien qui ne s’agite pas pour rien, qui observe, qui garde une certaine distance avec les inconnus sans hostilité. À la maison, il est silencieux et cherche peu l’attention, ce qui surprend ceux qui attendaient un chien démonstratif.

Avec les enfants de la famille, il se montre tolérant. Avec les autres chiens, la sociabilité est bonne, héritage du travail en groupe. Avec les petits animaux, non : lapin, poule, chat de passage, tout ce qui court déclenche la poursuite. C’est une race de chasse, pas un chien de ferme.

Il s’attache fortement à une personne et supporte mal les changements de foyer. Les adoptions d’adultes en refuge, quand il y en a, demandent plusieurs semaines avant que le chien s’ouvre. Cela vaut la peine d’être patient : une fois installé, il est stable.

Santé, longévité, entretien

La race n’a pas fait l’objet d’une sélection esthétique et n’en porte pas les conséquences. Les éleveurs annoncent une longévité de douze à quatorze ans, ce qui correspond à ce qu’on observe chez les chiens de chasse de ce gabarit maintenus en activité.

Les affections à surveiller sont mécaniques et infectieuses plutôt que génétiques. Otites externes, favorisées par l’oreille tombante et la course en sous-bois humide. Coussinets abîmés par la roche calcaire, très abrasive. Corps étrangers végétaux, épillets en tête, entre mai et août. Et les blessures de terrain, coupures et déchirures, qui demandent une trousse de premiers soins dans le sac à dos.

La dysplasie coxo-fémorale existe comme dans toutes les races de ce format ; elle se dépiste par radiographie officielle avec une cotation de A à E. Peu d’élevages balkaniques la pratiquent en routine, donc posez la question et acceptez que la réponse soit non. Dans ce cas, faites radiographier vous-même votre chien à un an, ne serait-ce que pour savoir.

Côté entretien, un brossage hebdomadaire suffit, deux fois plus pendant la mue de printemps où le sous-poil part par plaques. Pas de coupe, et un bain seulement en cas de vrai besoin. Contrôlez l’intérieur des oreilles chaque semaine, c’est le seul geste vraiment régulier.

Pour qui cette race a du sens

Elle a du sens pour un chasseur de montagne, évidemment, mais aussi pour un traileur, un randonneur régulier ou une famille installée en zone rurale avec un terrain clos sérieux. Elle n’en a aucun en appartement urbain, ni pour un premier chien, ni pour quelqu’un qui compte sur un rappel fiable en milieu ouvert.

Les effectifs restent très faibles hors des Balkans : quelques milliers de sujets au Monténégro et en Serbie, une poignée ailleurs en Europe. Il n’existe pas d’élevage établi en France, et l’acquisition passe par un club de race local. Une conséquence pratique à ne pas négliger : un vétérinaire français ne connaîtra pas cette race, et vous devrez lui expliquer vous-même à quoi vous avez affaire.

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