Cavalier King Charles Spaniel : fiche de race, du cœur à la syringomyélie

Cavalier King Charles Spaniel

Un Cavalier King Charles Spaniel pèse entre 5,4 et 8 kg, mesure une trentaine de centimètres au garrot et passe le plus clair de sa vie collé à quelqu’un. C’est la race de compagnie par excellence de la sélection anglaise, et c’est aussi celle dont deux maladies héréditaires ont fait un cas d’école vétérinaire. Une fiche honnête sur le Cavalier parle des deux : ce qui rend ce chien facile à vivre, et ce qu’il faut vérifier avant de signer un contrat de vente.

Un épagneul de cour reconstruit au XXe siècle

Les petits épagneuls anglais apparaissent dans les portraits de cour dès le XVIe siècle et sont associés au règne de Charles II, qui leur laisse son nom. Au XIXe siècle, la mode du museau court transforme peu à peu la race : le King Charles Spaniel de l’époque victorienne a la face aplatie, le crâne bombé, plus rien du chien des tableaux.

Dans les années 1920, l’Américain Roswell Eldridge met en jeu des prix à Crufts pour retrouver le type ancien, à museau long. Quelques éleveurs britanniques s’y attellent, la variété se stabilise et le Kennel Club la reconnaît comme race distincte au milieu des années 1940 sous le nom de Cavalier King Charles Spaniel. Les deux races coexistent aujourd’hui : le King Charles Spaniel, plus petit et à face plate, et le Cavalier, plus grand et au museau franc.

Le standard en chiffres

La taille tourne autour de 30 à 33 cm au garrot, sans écart officiel marqué entre mâle et femelle, et le poids demandé va de 5,4 à 8 kg. Un Cavalier de 11 kg n’est pas un grand Cavalier, c’est un chien en surpoids, et le surpoids pèse directement sur un cœur déjà exposé.

Le crâne est presque plat entre les oreilles, le stop peu marqué, le museau mesure environ 3,8 cm du stop à la truffe. Les yeux sont grands, ronds, foncés, largement espacés, sans être saillants. Les oreilles sont longues, attachées haut, très fournies en franges. La queue est portée dans le prolongement du dos et bouge en permanence.

Le poil est long, soyeux, sans boucle, avec des franges aux oreilles, à l’arrière des membres et à la queue. Quatre robes sont admises. Le Blenheim, blanc et châtain, marqué parfois d’une tache ronde au milieu du crâne. Le tricolore, noir et blanc avec des marques feu. Le noir et feu. Et le rubis, entièrement rouge acajou.

Cavalier King Charles Spaniel Blenheim, robe blanc et châtain, oreilles frangées
La robe Blenheim, blanc et châtain, est la plus répandue dans la race.

La maladie valvulaire mitrale, le premier dossier

Il faut le dire sans détour : l’endocardiose de la valve mitrale touche cette race plus tôt et plus souvent que toutes les autres. La valve entre l’oreillette et le ventricule gauches s’épaissit, elle ferme mal, une partie du sang reflue à chaque contraction. Le premier signe est un souffle systolique perçu à l’auscultation, du côté gauche, souvent découvert lors d’un rappel de vaccin.

Chez la plupart des races, ce souffle apparaît vers dix ou douze ans. Chez le Cavalier, une proportion importante de chiens présente un souffle avant cinq ans, et l’insuffisance cardiaque peut suivre plusieurs années après. Tous les chiens porteurs d’un souffle ne basculent pas en insuffisance, et un chien correctement suivi vit longtemps avec.

Le dépistage existe et il est simple. Auscultation annuelle par un vétérinaire à partir de l’âge d’un an, échocardiographie chez un cardiologue si un souffle est entendu ou avant toute reproduction. Le protocole de sélection appliqué par les clubs de race sérieux repose sur deux règles : ne pas faire reproduire un Cavalier avant deux ans et demi, et seulement s’il est indemne de souffle et si ses deux parents l’étaient encore à cinq ans.

Syringomyélie : le second dossier

La malformation occipitale de type Chiari est fréquente dans la race : la boîte crânienne est trop petite pour le cervelet, la circulation du liquide céphalorachidien se fait mal à la charnière du crâne et du cou. Dans une partie des cas, une cavité se forme dans la moelle cervicale. C’est la syringomyélie.

Les signes sont particuliers et souvent mal interprétés. Le chien se gratte l’épaule en marchant, la patte tournant à vide sans jamais toucher la peau. Il crie sans raison apparente, surtout la nuit ou au lever. Il refuse le collier, sursaute quand on lui touche le cou ou l’oreille, dort la tête surélevée. À un stade plus avancé s’installent une faiblesse d’un membre et une scoliose.

Le diagnostic se fait par IRM, seul examen qui montre la cavité. Une grille de cotation développée par les vétérinaires britanniques attribue un grade à la malformation et un grade à la syringomyélie ; les élevages qui dépistent font passer leurs reproducteurs après l’âge de deux ans et demi, un cliché plus précoce sous-estimant le risque. Le traitement médical repose sur des antalgiques et des molécules réduisant la production de liquide céphalorachidien, la chirurgie de décompression étant réservée à certains cas.

Les autres tests génétiques disponibles

Deux affections récessives se dépistent par un simple prélèvement buccal. La chute épisodique, ou episodic falling syndrome, provoque des crises de raidissement des membres à l’effort ou à l’excitation, sans perte de conscience, souvent prises pour de l’épilepsie. Et le syndrome poil bouclé et œil sec, qui associe une kératoconjonctivite sèche sévère dès la naissance à une peau et un poil anormaux. Un test combiné couvre les deux mutations : demandez le statut des parents, indemne, porteur ou atteint.

S’ajoutent des points classiques à surveiller sans test ADN : la luxation de la rotule, palpée par le vétérinaire dès le premier examen du chiot, la cataracte, la dysplasie de la hanche et une thrombocytopénie particulière à la race, sans conséquence clinique mais qui affole les laboratoires qui ne la connaissent pas.

Le caractère, ce qu’on gagne et ce qu’on subit

Le Cavalier est sociable avec tout le monde, chiens compris, chats compris quand la présentation se fait correctement. Il n’a pratiquement pas d’agressivité, ne garde pas, aboie peu et se remet vite d’une bousculade. Comme chien de famille avec de jeunes enfants, il fait partie des meilleurs choix, à condition de respecter son gabarit : 7 kg tombent mal d’un canapé.

Le revers est réel. Cette race supporte mal la solitude. Un Cavalier laissé seul huit heures par jour développe fréquemment de l’anxiété de séparation : aboiements, malpropreté, destruction de l’entrée. Ce n’est pas une question d’éducation ratée, c’est le produit d’une sélection sur l’attachement. Si personne n’est à la maison de la journée et qu’aucune garde n’est possible, une autre race conviendra mieux.

Exercice, alimentation, entretien

Deux sorties quotidiennes de trente à quarante minutes couvrent ses besoins, et il tient bien plus si on lui propose : une randonnée de trois heures ne lui pose aucun problème. Il s’adapte à l’appartement sans difficulté. Attention à la chaleur : le museau n’est pas raccourci au point d’en faire un brachycéphale, mais l’endurance par forte température reste limitée.

La ration se pèse. Le Cavalier quémande avec un talent qui a ruiné des régimes entiers, et chaque kilo en trop se paie sur le cœur et les articulations. Le brossage se fait deux à trois fois par semaine, avec une attention aux nœuds derrière les oreilles, aux aisselles et aux franges des postérieurs. Les oreilles tombantes se nettoient tous les quinze jours. Les pieds portent des touffes de poils entre les coussinets qu’on égalise aux ciseaux à bouts ronds. Pas de tonte : le poil du Cavalier repousse mal après une coupe rase.

Prix et choix de l’éleveur

Le Cavalier reste une des races de compagnie les plus inscrites au LOF chaque année, ce qui a un effet secondaire : beaucoup de portées non dépistées circulent, à des tarifs attractifs, parfois importées. Un chiot vendu nettement en dessous du marché est presque toujours un chiot dont les parents n’ont passé ni cardiologue ni IRM. Le coût de ces deux dépistages est réel pour un éleveur et se retrouve dans le prix du chiot.

Un dernier repère : demandez l’âge et l’état de santé des grands-parents. Chez cette race, une lignée où les ascendants ont dépassé dix ans sans traitement cardiaque en dit plus long qu’un pedigree rempli de titres de beauté.

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