Braque Français : Gascogne ou Pyrénées, deux races distinctes
Parler « du » Braque Français est une approximation : sous ce nom vivent deux races distinctes, inscrites séparément à la nomenclature de la FCI et au LOF, le type Gascogne et le type Pyrénées. Elles partagent une origine, une couleur et un métier, mais pas un gabarit ni tout à fait un tempérament. Les confondre au moment d’acheter un chiot conduit régulièrement à une déception, parce qu’on n’attend pas la même chose d’un chien de 65 cm et d’un chien de 50 cm.
Cette fiche traite les deux variétés côte à côte : origines, standard, couleur, caractère, dressage, santé, entretien et budget. Le fond commun d’abord, les différences ensuite.
L’un des plus vieux chiens d’arrêt d’Europe
Le braque du Sud-Ouest apparaît dans les traités de vénerie et sur les toiles bien avant l’époque des clubs de race. Les cynophiles du XIXe siècle le tenaient déjà pour une souche ancienne du Midi, dont descendent en partie plusieurs braques continentaux d’Europe occidentale. Cette filiation est débattue dans le détail, comme souvent en matière d’origines canines, mais l’ancienneté de la souche, elle, ne l’est pas.
La race a beaucoup souffert de la mode des chiens d’arrêt anglais à partir du début du XXe siècle. Pointers et setters, plus rapides et plus larges dans leur quête, ont vidé les chenils français pendant des décennies. Le Braque Français a survécu dans les campagnes du Sud-Ouest, chez des chasseurs à pied qui n’avaient que faire d’un grand quêteur de plaine. Sa remontée date de la seconde moitié du XXe siècle.
Type Gascogne : le grand braque du Sud-Ouest
C’est le format historique, celui qu’on appelait simplement le braque de grande taille. Le mâle atteint environ 58 à 69 cm au garrot, la femelle environ 56 à 68 cm, pour un poids qui dépasse souvent 30 kg chez un mâle bien construit. La tête est forte, les lèvres bien descendues, la peau un peu ample sous la gorge. L’ensemble a du poids et de la charpente sans tomber dans la lourdeur.
Sur le terrain, le Gascogne travaille au trot soutenu plutôt qu’au galop, avec une quête moyenne et beaucoup de méthode. Il arrête ferme, souvent de loin, et rapporte naturellement. Ce style convient à la chasse en terrain couvert, en bois et en lande ; il déçoit celui qui attend un chien de concours filant à grande distance.

Type Pyrénées : plus léger, plus vif
Le type Pyrénées est une version réduite et affinée : environ 47 à 58 cm pour les mâles, 47 à 56 cm pour les femelles, avec un poids qui tourne souvent autour de 18 à 25 kg. La tête est plus sèche, les lèvres moins tombantes, la peau plus tendue. Il donne l’impression d’un chien plus court sur pattes proportionnellement, ce qui est trompeur : il est simplement plus léger partout.
Son allure de travail est plus rapide, sa quête plus large, son démarrage plus nerveux. Les chasseurs de montagne et de coteau l’ont privilégié parce qu’il se fatigue moins vite dans le dénivelé. En famille, cette vivacité se traduit par un chien qui tourne en rond plus tôt si on l’a sous-employé : le Pyrénées pardonne moins l’inactivité que le Gascogne.
La robe blanche et marron
La couleur est identique chez les deux races : fond blanc et marron, en plages, en truitures fines ou en mélange des deux. Le marron peut être très étendu jusqu’à donner un chien presque entièrement coloré, ou au contraire limité à des taches et un masque. Les panachures grises ou noires sortent du standard, tout comme le fauve.
Les oreilles sont longues, attachées au niveau de la ligne de l’œil ou un peu en dessous, légèrement pliées. La truffe est marron, jamais noire ; c’est un critère de confirmation que les juges regardent sans indulgence. Le poil, court et assez fin sur le corps, s’épaissit sur le dos et se raréfie sur la tête et les oreilles.
Un tempérament posé pour un chien de chasse
Le Braque Français, dans ses deux formats, est un chien sociable et peu conflictuel. Il travaille pour son maître plutôt que pour lui-même, ce qui se traduit par un chien qui revient prendre des nouvelles au lieu de disparaître pendant un quart d’heure. À la maison, il est calme une fois adulte, souvent proche des enfants, sans agressivité envers les visiteurs.
Deux réserves méritent d’être dites. D’abord, la maturité arrive tard : un mâle reste chiot dans sa tête jusqu’à deux ans passés, avec les bêtises que cela suppose. Ensuite, la sensibilité à la solitude est réelle. Ce n’est pas une race à laisser au chenil du lundi au vendredi et à sortir le dimanche : le chien s’éteint ou se met à hurler, selon son tempérament.
Dressage : patience avant technique
La race apprend vite et supporte mal la contrainte. Collier électrique, cravache, voix dure : rien de tout cela n’a sa place sur un braque français, qui se bloque au lieu de progresser. Les éleveurs conseillent plutôt de laisser le chiot voir beaucoup de gibier avant tout dressage formel, puis de fixer l’arrêt et le rappel autour de huit à douze mois.
Côté dépense, un adulte demande une heure et demie à deux heures d’activité par jour hors saison de chasse, dont une vraie course en liberté. La promenade en laisse sur trottoir ne compte qu’à moitié. Un chien de cette race qui vit en appartement est possible à condition d’accepter ce rythme tous les jours, y compris sous la pluie de février.
Santé : ce qu’on dépiste avant d’acheter
Les deux races sont dans l’ensemble saines, mais la dysplasie de la hanche existe et se dépiste par radiographie officielle, avec une cotation de A à E ; demandez les lectures des deux parents. La dysplasie du coude se vérifie au même moment. Chez les sujets à lèvres et à paupières amples, surtout dans le type Gascogne, l’ectropion apparaît parfois et irrite l’œil.
Les otites sont la préoccupation ordinaire d’un propriétaire de braque : oreille longue, conduit peu ventilé, travail en herbe humide. Un nettoyage à la solution auriculaire une fois par semaine, et un contrôle visuel après chaque sortie, évitent la plupart des consultations. Les épillets, eux, réclament une inspection des pattes et des aisselles tout l’été.
Entretien courant et budget annuel
Le poil court se contente d’un brossage hebdomadaire au gant, doublé pendant les mues de printemps et d’automne. Aucun toilettage professionnel n’est requis, ce qui retire une ligne de dépense par rapport à un chien à poil long. Restent l’alimentation d’un chien sportif, la vermifugation, les antiparasitaires externes, obligatoires en pratique pour un chien qui fréquente les taillis et le rappel vaccinal annuel.
À l’achat, un chiot inscrit au LOF se situe le plus souvent autour du millier d’euros dans les deux types, avec des variations selon les résultats de travail des parents. Les portées sont saisonnières et suivent le calendrier de chasse : beaucoup d’éleveurs font naître au printemps pour livrer des chiots utilisables à l’ouverture suivante. Réserver six mois à l’avance n’a rien d’excessif dans cette race.
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