Épagneul Breton : le plus petit chien d’arrêt et le plus vendu en France

Épagneul Breton

L’Épagneul Breton est le chien d’arrêt le plus répandu en France, et de loin. Chaque année, plusieurs milliers de chiots sont inscrits au LOF sous ce nom, ce qui le place en permanence dans le peloton de tête toutes races confondues. Ce n’est pas un hasard de mode : c’est le plus petit des chiens d’arrêt continentaux, il tient dans un coffre de citadine, il chasse tout, et il rentre le soir se coucher contre le canapé. Voici la fiche complète de la race, standard, caractère, santé et coût.

Une race bretonne fixée au début du XXe siècle

Des chiens d’arrêt courts de queue et bicolores existaient dans l’ouest de la Bretagne bien avant qu’on parle de race. Les chasseurs des Monts d’Arrée et du pays de Callac travaillaient avec des chiens de petit format, plus maniables dans les ajoncs que les grands braques. La sélection se formalise au tout début du XXe siècle, avec la rédaction d’un premier standard et la création d’un club de race, et l’Épagneul Breton entre alors dans le circuit officiel des expositions et des field trials.

Le nom d’épagneul prête à confusion. Il ne désigne pas ici un chien leveur de gibier à l’anglaise, mais un chien d’arrêt à part entière, qui bloque sur l’émanation et attend l’ordre. La FCI le classe d’ailleurs sans ambiguïté parmi les chiens d’arrêt continentaux de type épagneul.

Le format, la robe et cette queue si particulière

C’est un chien de petit format pour un chien d’arrêt : le mâle mesure entre 48 et 51 cm au garrot, la femelle entre 47 et 50 cm, avec une tolérance d’un centimètre de part et d’autre. Le poids adulte s’établit entre 14 et 18 kg selon le sexe et l’état de chasse. La silhouette est ramassée, presque carrée, le dos court, la poitrine descendue au coude.

Les robes admises sont le blanc et orange, le blanc et marron, le blanc et noir, ainsi que les versions tricolores, chacune pouvant présenter des panachures nettes ou une répartition rouannée qui donne ce fond moucheté typique. Le noir a longtemps été refusé par une partie des clubs avant d’être admis au standard, et il reste plus rare en France que l’orange.

La queue mérite un mot à elle seule. Une partie des chiots naît naturellement courte, voire quasiment sans queue, ce qu’on appelle un chien brachyoure ou anoure. Une autre partie naît avec une queue de longueur normale. Les deux sont conformes au standard. Il n’est donc pas nécessaire de couper quoi que ce soit pour avoir un chien confirmable, et la coupe de convenance a disparu des élevages français.

Épagneul Breton

Un chien de chasse polyvalent avant tout

La race a été sélectionnée sur le terrain, et cela se voit dès les premières sorties d’un chiot. L’arrêt spontané apparaît souvent avant six mois, parfois sur un moineau dans le jardin. Le Breton quête à moyenne distance, reste en contact visuel, revient de lui-même, et travaille aussi bien la bécasse en sous-bois que la perdrix en plaine ou le faisan. Beaucoup rapportent naturellement, y compris à l’eau, sans dressage poussé.

Cette polyvalence explique sa domination numérique chez les chasseurs français. Elle a aussi un revers : la race est produite en masse, et l’écart de qualité entre un chiot issu d’un élevage qui fait courir ses reproducteurs en field trial et un chiot de portée d’occasion est énorme, sur le nez comme sur le caractère.

Le caractère à la maison

Hors chasse, c’est un chien gai, très social, qui recherche le contact et ne connaît pas la notion de distance. Il s’entend en général bien avec les enfants et accepte facilement les autres chiens. Le revers de cette sociabilité est une sensibilité forte : le Breton encaisse mal l’élévation de la voix, se couche sur le dos ou se met à l’écart, et un dressage rude produit un chien qui se bloque.

C’est aussi un chien qui a besoin de dépense réelle. Un Épagneul Breton en famille non chasseuse n’est pas malheureux à condition de lui donner l’équivalent : une heure et demie à deux heures de sortie active par jour, avec des courses libres, du travail de nez improvisé, de la recherche d’objets cachés. En pistage, en agility ou en cavage, il s’investit sans réserve. Enfermé neuf heures dans un studio, il aboie et il gratte.

Santé : ce qu’il faut faire dépister

L’Épagneul Breton est une race globalement saine, avec une espérance de vie qui se situe autour de douze à quatorze ans. Deux points appellent tout de même une vigilance de la part des acheteurs.

La dysplasie coxo-fémorale est présente dans la race, comme chez la plupart des chiens de taille moyenne et sportifs. Le dépistage radiographique officiel donne une cotation de A à E, lue par un lecteur agréé ; un accouplement raisonnable part de deux parents cotés A ou B. La question n’est pas cosmétique : un chien dysplasique qui chasse quarante jours par an s’use l’articulation et arrive à l’arthrose bien avant l’âge.

L’épilepsie idiopathique est le second sujet. Elle est décrite dans la race et se déclare le plus souvent entre un et cinq ans, par des crises convulsives sans cause identifiable à l’imagerie. Il n’existe pas de test de dépistage simple, seulement le suivi honnête des lignées : un éleveur qui a eu des cas doit pouvoir le dire et expliquer ce qu’il a écarté de sa reproduction. Des affections oculaires héréditaires, dont l’atrophie rétinienne progressive, justifient par ailleurs un examen oculaire des reproducteurs.

Entretien du poil et soins courants

Le poil est fin, plat ou légèrement ondulé, avec des franges modérées aux membres et aux oreilles. Un brossage hebdomadaire suffit en temps normal, deux à trois par semaine pendant les mues de printemps et d’automne. Il n’y a pas de tonte, pas de coupe, donc pas de budget toilettage : une bonne paire de ciseaux pour dégager les poils entre les coussinets fait l’affaire.

Les oreilles tombantes retiennent l’humidité et les épillets. Après chaque sortie en herbe sèche, en juin et juillet surtout, palpez le pavillon, les aisselles et les espaces interdigités. Un épillet migré dans une oreille finit chez le vétérinaire sous sédation, et c’est le motif de consultation estival numéro un chez les chiens d’arrêt.

Les erreurs qui reviennent chez les nouveaux propriétaires

La première est d’acheter un Breton parce qu’il est petit. Le gabarit trompe : ce chien a le moteur d’un athlète dans un corps de 16 kg, et il ne se calme pas en vieillissant avant huit ou neuf ans. La deuxième est de le prendre pour un chien mou parce qu’il se roule en boule sur le tapis dès qu’il rentre. Ce contraste entre l’énergie dehors et le calme dedans n’existe que si la partie dehors a eu lieu.

La troisième erreur touche la sélection : chercher un chien « de compagnie, pas de chasse » et se rabattre sur une portée sans aucun résultat de travail. Le nez et l’envie de courir sont dans la race entière, ils ne disparaissent pas parce que les parents n’ont jamais vu un fusil. Autant partir d’un élevage qui connaît ses lignées et sait vous dire quel chiot sortira le plus calme de la portée.

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